Drôle de guerre, par Patrick Farbiaz

C’est la guerre nous a dit Macron. Mais y sommes-nous préparés ? Le confinement à la française, c’est un peu la Ligne Maginot de triste mémoire. Il y a plein de trous, plein d’injonctions contradictoires, plein d’inégalités face au virus. Il n’y a pas d’armes : ni test généralisé comme en Corée du Sud ou en Allemagne, ni masques pour les soignants soldats en première ligne ni pour les autres, ni appareils de respiration et de lits en nombre suffisants. Le gouvernement veut généraliser le télétravail mais « en même temps » incite les ouvriers du BTP ou de l’industrie à travailler car il ne faut surtout pas que l’économie s’arrête. Un Service du Travail Obligatoire en quelque sorte puisqu’en plus le gouvernement en profite pour démanteler un peu plus le Code du travail comme la permission express donnée aux patrons d’imposer la date des congés payés.

C’est la guerre mais contre qui ? On stigmatise, du bout des lèvres, les bourgeois parisiens ayant rejoint leurs iles de villégiature mais on ne les sanctionne pas. Par contre on laisse crever les SDF dans les rues, les réfugiés dans les Centres de Rétention Administratifs (CRA), les Roms dans les bidonvilles, les entassements dans des chambres à 9 personnes dans les Foyers de Travailleurs Immigrés … Le virus rend visibles comme jamais les inégalités de territoires, de classe, de genre, d’origines.

***
Nous refusons de succomber à l’Union Nationale. Nous regrettons que la plupart des forces politiques et syndicales ne s’opposent pas à ce qui, sous les apparences de la transparence, s’apparente à une opération de camouflage de l’impréparation, de l’incompétence et de l’imprévoyance de la pandémie.

Les trois éléments clefs d’une politique écologiste de santé environnementale – la Prévention, la Précaution, la Protection – n’ont pas été appliqués par l’Etat qui a failli dans sa première mission : protéger la population.
1. La Prévention : L’hôpital en grève depuis plus d’un an pour obtenir des moyens supplémentaires, notamment dans les urgences. La prévention repose sur la maîtrise d’un risque. Aucun moyen substantiel n’a été apporté aux revendications des soignants.
2. Le Principe de Précaution. L’ex-ministre de la Santé, madame Buzyn a révélé la triste histoire d’un pouvoir qui savait mais qui attendait que ça se passe, comptant peut-être que comme pour le nuage de Tchernobyl, le Coronavirus s’arrêterait aux frontières de l’Hexagone. Le maintien du premier tour des élections municipales s’est fait au mépris du principe de précaution.
3. La protection : les mesures de protection des plus fragiles de la population ne sont toujours pas prises pour les personnes âgées dans les Ephad, pour les prisonniers. Le confinement est à géométrie variable. De même dans le domaine social, outre l’abandon en premières ligne des soignants, caissières, pompiers, salarié-e-s des transports ou du BTP, on abandonne en rase campagne les petits producteurs agricoles privés de débouchés, les travailleurs de la culture, notamment ceux du spectacle vivant …

En réalité comme l’ont noté les soignants qui ont attaqué en justice Macron, Philippe et leur gouvernement, il y a non assistance de peuple en danger ; non ce gouvernement ne peut nous donner des leçons en matière d’unité nationale. Il a passé des mois à démanteler le Code du travail, casser les CHSCT, fait reculer les droits fondamentaux, encourager la spéculation immobilière, organiser la mort sociale des chômeurs, voler 30 % de nos retraites et il ose nous donner des leçons de savoir vivre au temps du confinement.

***
Nous devrons faire les comptes après la crise et profiter de ce moment pour repenser ensemble comment sortir du capitalisme productiviste qui nous amène à la barbarie et à une forme de dictature consentie. Nous refusons la rhétorique militariste du Président de la République qui traduit une stratégie du choc de la part de celui qui n’a rien fait pour enrayer l’épidémie : économie de guerre, état d’urgence, appels à la dénonciation, mise en place d‘une surveillance généralisée.
Au biopouvoir qui prétend maîtriser notre vie, discipliner nos corps, contrôler nos esprits, opposons une stratégie d’entraide généralisée par le bas. En solidarité avec les soignants, tous les soirs à 20 h, demandons « du fric, du fric pour l’Hôpital public », organisons des réseaux de circuits courts avec les petits paysans, créons des Assemblées locales virtuelles, organisons l’entraide dans notre immeuble, dans notre village, dans nos quartiers, défendons les plus faibles contre les attaques du virus comme celles du gouvernement.

***
Le véritable enjeu c’est le jour d’après. Après avoir minimisé la contamination pour « ne pas risquer la catastrophe économique », Le Pouvoir annonce des milliards pour sauver les entreprises et le système « quoi qu’il en coûte ». Celui qui détruit les écosystèmes, le climat, et la vie sur terre, fait exploser les maladies chroniques, ce capitalisme du désastre contient en lui-même les germes du prochain virus. La deuxième guerre mondiale a été en Europe l’occasion de voir émerger l’Etat « des Jours heureux », avec la protection sociale : santé, retraite, redistribution, écoles gratuites, services publics …

Le capitalisme du désastre, celui qui aujourd’hui ne connaît ni limites, ni contraintes est peut-être à un tournant. Cette crise planétaire nous offre comme en 1945, une chance de bifurquer. Saurons-nous la saisir « quoi qu’il en coûte » ? Quand nous sortirons du confinement, qu’est ce qui l’aura emporté entre le repli généralisé sur soi ou la solidarité de tous, entre le darwinisme social où les plus forts l’emportent toujours sur les plus faibles et la coopération par le bas, ente le retour à la mondialisation capitaliste ou la construction d’un nouvel ordre mondial fondé sur d’autres valeurs que le profit et le Produit Intérieur Brut, entre la croissance infinie et la décroissance choisie ?

En un mot : entre l’écologie et la barbarie.

Patrick Farbiaz, Paris, le 23/03/2020, 7ème Jour du confinement

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :