Déclaration de PEPS : Face au virus, leur résilience et la nôtre.

Contre la stratégie du choc

A plusieurs reprises le Président de la République a déclaré la guerre au Covid- 19. Son ministre de l’Intérieur a demandé aux Français de se comporter en « alliés de guerre ». L’armée est appelée en renfort alors que les hôpitaux militaires comme le Val de Grace ont été fermés ces dernières années. L’Armée serait le rempart contre le virus. En réalité, Emmanuel Macron a enfilé les bottes de Bernard Kouchner qui, il y a 20 ans, prônait l’ingérence militaro-humanitaire pour sauver les peuples de la famine en débarquant en Somalie le sac de riz sur le dos au milieu des GI. L’intervention militaro-humanitaire s’est imposée du Kosovo à l’Afghanistan où l’on a vu des soldats, mandatés par l’ONU au nom de l’humanitaire, ouvrir le feu sur des civils, considérés comme des « dommages collatéraux ». La militarisation humanitaire a été appliquée durant la guerre d’Algérie où les Services d’Action Psychologiques vaccinaient les enfants, les femmes et les vieillards des villages arabo musulmans sous la caméra du service cinématographique de l’Armée Française.

Cette “stratégie du choc” consiste à utiliser les crises pour faire avancer des politiques qui approfondissent systématiquement les inégalités et enrichissent les élites. Nous dénonçons la militarisation de la société et l’instrumentalisation des peurs comme arme politique pour faire passer des décisions anti sociales.

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Trente ans plus tard, le Président déclenche l’Opération Résilience dans la suite de l’Opération Sentinelle contre le terrorisme. Cette opération de communication qui n’a pas de véritable efficience contre le virus vise surtout à renforcer la rhétorique militaire. Cette « guerre » nécessiterait l’Union Sacrée contre un ennemi invisible. Leur « Armée » est constituée d’une première ligne, les soignants, d’une seconde, composée de professions indispensables au « Front » et de l’arrière – les confinés – sommés de se mobiliser inconditionnellement. Le Ministre de l’Agriculture en appelle à « l’Armée des ombres » pour aider les agriculteurs. L’économie de guerre et la militarisation du travail commencent par l’abandon des droits fondamentaux des salarié-e-s : 60 h, congés payés à la discrétion du patron…

Même si cette guerre est sans armes ni munitions (pas de masques, pas de gants, pas de tests), l’important est que la société soit unie derrière nos généraux. Dans cette logique, l‘idéologie militaro sanitaire a un objectif : Accepter les mesures de l’Etat où au nom de l’impératif sanitaire, toutes les contestations peuvent être muselées par des pompiers pyromanes. La pandémie est utilisée pour tout et n’importe quoi : imposer le 49/ 3 pour faire passer la contre-réforme des retraites, retirer ses troupes d’Irak, renforcer la présence dans les « Outre-mer », ces territoires colonisés par la France, prévenir la résistance organisée contre les politiques productivistes pro mondialisées.

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La résilience, passée de la psychologie à l’écologie politique, est utilisée par le Pouvoir pour instaurer un climat d’anxiété et d’intimidation et démobiliser le mouvement social. La militarisation « résiliente » n’est qu’un prétexte pour adopter des procédures d’urgence, souvent transformées en lois pérennes.

C’est aussi parce que nous anticipons la réponse de l’Etat au réchauffement climatique que nous combattons la militarisation de la pandémie. S’il est justifié de prendre des mesures drastiques face à une crise bien réelle, cela n’explique en rien la militarisation de la société. Non, nous ne sommes pas dans cette « guerre » tous dans le même bateau. La responsabilité individuelle et collective concernant les gestes barrières, la gestion du confinement ne peuvent être imposées par la violence policière ou par la rhétorique guerrière. Les mots sont importants : parler de distanciation sociale au lieu de distanciation physique est une faute. Plus il y distanciation physique, plus il faut renforcer la proximité sociale. Face à la logique militaro sanitaire, nous ne serons pas de la chair à canon.

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Pour une gestion démocratique de la crise sanitaire

Nous opposons à « l’union nationale » fondée sur une stratégie du choc militaro sanitaire l’entraide démocratique et auto-organisée de la crise sanitaire reposant sur :

Un confinement solidaire par l’entraide, la coopération, la solidarité, la générosité populaire par le bas. De multiples initiatives se déroulent. La constitution de réseaux de solidarité au plus près des réalités de terrain permet en effet de préserver les liens sociaux et la cohésion nécessaire à une action concertée. La priorité aujourd’hui est de prendre soin des autres et de soi, s’éloigner physiquement, se rapprocher autrement.

Des arbitrages justes et non discriminants. Nous devons soutenir les personnes et les groupes sociaux les plus fragilisés par la crise dans les quartiers populaires et dans les territoires ruraux : arrêt du harcèlement des sans-abris et des mises à la rue qui continuent : expulsions illicites, d’occupants sans titre, d’habitants de foyers, d’hôtels, de CHU, de camping, d’habitat léger ou mobiles…, ouverture de structures d’accueil (avec suivi médical, dépistage et confinement en fonction du résultat, et garantie d’une alimentation et accès aux sanitaires) pour les réfugiés, sortie d’un maximum de personnes des prisons françaises surpeuplées, fermeture des CRA (Centres de Rétention Administrative), ouverture de moyens d’accueil pour les femmes victimes de violences conjugales, garantie du droit d’accès à l’IVG, poursuite des soins psychiques adaptées aux maladies mentales sous les formes les plus appropriées.

La lutte contre les violences policières notamment dans les quartiers populaires. Les contrôles de police discriminatoires et abusifs à l’égard de personnes en raison de leur apparence physique, de leur origine, ou de leur lieu ou mode d’habitat sont courants, rarement sanctionnés, et s’intensifient dans les quartiers populaires dans un climat d’impunité. Nous n’accepterons pas que l’épidémie soit une excuse pour justifier la répression sociale.

– L’association des salariés à l’organisation de l’activité pour leur assurer le plus haut niveau de protection. Les activités non essentielles- et en premier lieu Amazon- doivent cesser, pour ne pas mettre en danger les salariés et ralentir la propagation du virus ; rétablissement des CHSCT ; application du Droit de Retrait sans condition ni perte de salaire pour cause de danger imminent, retrait des ordonnances sur le Code du Travail.

Le Droit au logement pour tous : réquisition des logements vacants, des 640 000 chambres d’hôtel, des locations Airbnb&Co, et des logements sociaux inutilisés ; garantie de bonnes conditions de confinement pour les mal-logés, les SDF, les réfugiés, les victimes de violences familiales… ; moratoire des loyers et rétablissement renforcé des APL ; moratoire des factures d’énergie, d’eau, de téléphone et d’internet pour les revenus insuffisants.

Le développement des circuits courts pour protéger les petits paysans et les petits commerçants dans les territoires ruraux et garantir l’approvisionnement dans les villes en améliorant la qualité de l’alimentation.

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Face à l’horreur nous n’oublierons pas combien ce gouvernement a entretenu des choix politiques criminels.

La mobilisation et l’auto-organisation sociale doivent se poursuivre en toute indépendance. La gestion de la crise n’est pas une affaire d’experts, de policiers ou de militaires. Elle est l’affaire de toutes et de tous. Le développement de l’autonomie sociale par la coopération de tous à la lutte contre la pandémie est la seule solution. La pandémie de sida a montré dans les années 1980 que la lutte contre le VIH ne serait efficace et tenable que si les premiers concernés, les malades, y étaient associés et en saisissaient les enjeux. Il faut que la société se défende et refuse de servir de chair à profits des actionnaires. Seul cet élan collectif peut déboucher sur la volonté d’imaginer une autre société.

Non à « l’Union sacrée »

Oui à l’auto organisation de la mobilisation populaire contre la pandémie !

PEPS, à Paris, Le 1er avril 2020

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