Contre le parti du PIB et de l’autoritarisme, fédérons-nous !

La multiplication désordonnée d’Appels, de déclarations, de textes sur le Jour d’Après, la défense des soignants, des personnes discriminées, la nécessité de se rassembler, montrent l’ébullition d’une partie de la société française. On y trouve pèle -mêle des Appels à la résistance, à l’hégémonie culturelle de l’écologie, des appels électoraux dont pour certains la finalité est l’élection présidentielle de 2022 ou/ et à la recomposition de la gauche et des écologistes. Mais cette richesse et cette effervescence peut être source de confusion. Une sorte de théâtre d’ombres dissimule sous de bonnes intentions la réalité de stratégies parfaitement contradictoires qu’il est nécessaire de décrypter en fonction des intérêts populaires. Trois questions se posent :

  • Avec qui devons-nous nous fédérer ?
  • Pour quels objectifs ?
  • Comment se construit une fédération ?

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Quels objectifs ? L’obsession de la présidentielle comme unique préoccupation de la classe politico médiatique est à la fois malsaine, car elle tétanise l’énergie militante, et en même temps c’est un vrai casse-tête, car sortir du dilemme Macron/ Le Pen c’est pour des milliers de militants de la gauche sociale et écologiste une vraie question, comme pour des millions de français qui veulent se débarrasser de Macron et son Monde.

Elle est malsaine car à la fin des fins, avec les meilleures intentions du monde, l’équation se résume à la seule incarnation d’un homme ou d’une femme, c’est à dire à un casting, complètement hors sol. Elle pose le problème des Institutions de la Vème République où une monarchie républicaine dirigé par un roi sans contrôle dirige d’une main de fer les initiatives de la société, empêche les territoires de s’organiser, démantèle les acquis sociaux, anticipe les demandes des lobbies anti écologiques de l’agro business, du nucléaire, des industries polluantes. Se rassembler suppose de casser cette logique mortifère.

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Avec qui se fédérer ? Sous diverses formes, les appareils déconfits de la gauche plurielle (PS, EELV, PCF ou les nouveaux, Générations, LFI) se dissimulent avec des faux nez sous ces appels. En soi, ce n’est pas un problème, mais ça le devient quand ces mêmes forces ne font aucun effort pour revenir sur les échecs de leurs stratégies qui ont amené à cette situation de fragmentation.

Cela le devient encore plus quand ces mêmes forces se refusent d’aller au bout de la discussion sur les questions qui fâchent : l’Europe libérale, le nationalisme/centralisme contre le fédéralisme, le nucléaire civil et militaire, le revenu de base, les Grands travaux inutiles comme les Jeux Olympiques, la conversion écologique de l’économie c’est à dire du secteur automobile, de l’armement, des industries chimiques…, le droit de circulation et d’installation de l’immigration, la démocratie sociale, le pouvoir des salariés et des usagers, le RIC, la démétropolisation… Cela a fait beaucoup !

D’autant plus que sous la signature des personnalités, même les plus engagés, ceux qui ne sont rien, les invisibles, les sans nom et les sans-dents, les premiers de cordées du Coronavirus et les Gilets Jaunes sont les grands absents de cette recomposition hors sol.

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Comment ? Là est le point aveugle de ces Appels. Dans l’histoire des rassemblements, une dialectique subtile s’est faite entre les sommets des organisations, les mouvements des classes populaires et une situation la favorisant. En 1936, il fallait faire face à la crise et à la montée du fascisme et de la Guerre. En 1945 c’était la fin de la guerre et la résistance antifasciste. Dans les années 70, après Mai 68. En 1995 ce fut la Gauche plurielle après le mouvement social.

Aujourd’hui avec la crise des Gilets jaunes, les retraites, le mouvement de la justice climatique et le Grand Confinement, l’heure est propice à un rassemblement que PEPS nomme Front Populaire Ecologique. Celui-ci a pu s’ébaucher ici et là, à l’occasion des élections municipales. Encore faut-il ne pas vouloir seulement changer de pansement, remplacer le social washing par du greenwashing, et tout changer pour que rien ne change.

Que ceux qui le veulent s’organisent et s’invitent à la table y compris pour cracher dans la soupe si celle ci leur semble immangeable. Nous partons de trois principes qui se sont exprimés à travers certains de ces Appels :

  1. Nous ne voulons pas redémarrer pour tout recommencer comme avant. Construire un rassemblement se fera d’abord à partir de l’auto organisation sociale, l’entraide populaire, les initiatives locales qui se sont manifestées ces derniers mois doivent être la base fondamentale de tout regroupement.
  1. Le préalable de tout rassemblement de quelque nature que ce soit devrait être soumis à cette question : en finir avec le présidentialisme et l’élection présidentielle tout court, qui corrompent les esprits et rabaissent la politique à une course de chevaux et d’égos. Et pour commencer, il faudrait remettre en cause par exemple le rôle des Préfets, ces commissaires politiques de l’Etat qui entravent la liberté communale, interdisent les manifestations selon leur bon vouloir, permettent l’épandage à trois mètres des habitations…
  1. Les exigences minimales de l’écologie populaire et sociale doivent être au cœur du rassemblement : la décroissance choisie par les relocalisations, la reconversion et la sobriété énergétique, la fin du PIB comme indicateur économique, l’extension de la gratuité dans tous les domaines, un plan de développement des services publics sous contrôle des usagers et des salariés, une stratégie de démétropolisation et le retour à un équilibre des territoires, la lutte contre les violences policières et toutes les discriminations. Certains textes, comme celui initié par Dominique Bourg et Pablo Servigne, avancent des propositions qui permettent de transformer ces exigences en un programme de rupture écologique. Discutons – en sans a priori.

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PEPS s’est engagé dans toutes ses composantes autour de trois appels : COVID- Entraid, « « Ne pas redémarrer pour recommencer » et « Se Fédérer », parce qu’ils partent de la volonté de fédérer des alternatives, des luttes, des initiatives locales animées par ceux d’en bas, de rompre avec la logique mortifère de la Vème République, de promouvoir les valeurs du Communalisme et de l’écologie de rupture.

Mais nous sommes aussi conscients que nous souhaitons le rassemblement le plus large, condition également nécessaire, pour en finir avec ce régime rejeté par la majeure partie de la population et pour rompre avec la société capitaliste et productiviste. Nous participerons donc en tant qu’acteurs, et observateurs vigilants, à toutes les initiatives qui vont dans ce sens sur la base de notre Charte des Valeurs et de notre orientation, sans nous faire d’illusion sur l’issue d’un processus.

L’union est un combat. Ensemble, tout est possible.

Refusons de retourner à l’anormal !

Les mauvais jours finiront si nous savons nous organiser pour résister et construire une nouvelle espérance.

Vive la Commune !

Patrick Farbiaz

A Paris, le 18 mai 2020

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