De Minneapolis à Argenteuil, contre le racisme d’Etat, pas de justice, pas de paix !

55 ans après les émeutes de Watts qui furent le point de départ d’une série de révoltes populaires prenant la forme de pillages et de luttes de la population noire contre la police, ce qui se passe à Minneapolis se place dans la continuité d’une guerre de classe menée par l’Etat américain contre les pauvres depuis l’esclavage. Malgré les victoires du mouvement des Droits Civiques, les Noirs américains sont toujours la chair à canon de la société américaine. Ils sont majoritaires dans les prisons, chez les chômeurs et les victimes du Covid 19. C’est pourquoi la génération des militants-es du Black Lives Matter (Les vies des noirs comptent ) ont décidé de passer à l’action contre l’Amérique racisteen reprenant le dernier cri prononcé par Georges FloydI can’t breath «je ne peux pas respirer».

Les Noirs américains revendiquent le droit à la vie, le droit à la dignité, le droit de décider de leur destin. Si cette lutte est aussi violente, c’est que l’Etat américain accorde le permis de tuer à sa police. En France,Michel Foucault enseigne dès 1976, dans son livre La Guerre des races, que le racisme d’État est structurellement incorporé à la façon de conduire la politique au profit des dominants. A cette époque, si on ne prononce pas encore le mot islamophobie, le racisme anti arabe fait des dizaines de morts chaque année. Un racisme structurel existe (centre de rétention administratifs, contrôle au faciès systématique, politique d’identité nationale, rromophobie, ségrégation dans le logement ou dans l’école…) dont la révolte des banlieues en 2005 (après la mort de Ziyed et Bouna à Clichy-sous-Bois fut le révélateur. Le Pouvoir y répondit alors par une mesure issue de la guerre d’Algérie : l’état d’urgence ! Depuis la gestion coloniale des quartiers populaires, appuyée sur l’islamophobie, la peur des « classes dangereuses » et l’incapacité des organisations de la gauche associative, syndicale et politique à comprendre la légitimité de la révolte de ces quartiers, est plus que jamais d’actualité.

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Pour nous les écologistes de rupture, la lutte contre les politiques de racialisation fait partie de notre ADN politique. Le racisme d’Etat ne se limite pas aux violences policières. Les militants écologistes noirs et latinos des quartiers populaires ont dénoncé le racisme environnemental, il y a près de quarante ans à travers le mouvement de la Justice environnementale. En 1982 s’est organisé le premier sommet environnemental des peuples de couleur qui a ratifié une charte en 17 points. Le concept de racisme environnemental correspond à la discrimination raciale dans l’élaboration de politiques environnementales et l’application des lois et des règlements, l’identification délibérée des personnes racisées. Ce sont dans ces quartiers que s’établissement des installations de déchets toxiques, où l’autorisation officielle de la présence potentiellement mortelle de poisons et de polluants est accordée comme dans les Antilles où 90 % des habitants sont contaminées par le Chlordécone. Ce sont les quartiers populaires qui sont le plus touché par l’accumulation des injustices sociales et environnementales. Enfin, dans ces quartiers, l’écologie d’en haut est trop souvent synonyme d’expulsion par la gentrification parce qu’elle ne s’intéresse jamais aux conditions d’existence ni aux luttes de ceux qui sont les cibles d’un racisme policier qui les tue.

La lutte contre toutes les dominations (et en particulier celle exercée à travers le racisme institutionnel) est inséparable de la lutte de la domination de l’homme sur la nature. Quand un homme opprime une femme, un blanc opprime un noir, un hétéro, un homo, il opprime aussi la nature. Une domination sur les jeunes, sur les femmes, sur les pauvres, sur les Noirs ou les Arabes Au cœur de la réflexion de Murray Boochkin sur l’écologie sociale apparaît clairement et de manière récurrente la notion de domination : « L’obligation faite à l’humain de dominer la nature découle directement de la domination de l’humain sur l’humain. ». Puisque, selon Bookchin, la domination de l’homme précède la domination de la nature, une autre issue est envisageable : la réharmonisation des rapports humains par l’égalité, favorisera la réharmonisation des relations que les hommes entretiennent avec la nature.

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Les racistes de toute obédience veulent aussi instrumentaliser l’écologie ; les éco fascistes utilisent des métaphores environnementales pour comparer les déchets aux demandeurs d’asiles sur la mer méditerranée. Pour eux le réfugié/musulman/ noir ou arabe est vu comme un « déchet ingouvernable » qu’il faut faire disparaître. De même, les comparaisons racialistes et spécistes avec les animaux (les juifs serpents, les musulmans cafards, les noirs singes). Cet imaginaire est même à la naissance de l‘écologie puisque Ernst Haeckel l’inventeur du mot « écologie » en 1866, pouvait prononcer des horreurs dans le même ouvrage où il créait le concept : « Si l’on voulait à tout prix établir une limite bien tranchée, c’est entre les hommes le plus distingués et les sauvages les plus grossiers qu’il faudrait la tracer, en réunissant aux animaux les divers types humains inférieurs ».

Cette opinion est en effet celle de beaucoup de voyageurs… Un Anglais qui a beaucoup voyagé et séjourné longtemps sur la côte occidentale de l’Afrique, écrit ceci : « A mes yeux, le Nègre est une espèce humaine inférieure : je ne puis me décider à le regarder comme homme et comme frère ; car alors il faudrait aussi admettre le gorille dans la famille humaine »1. Ernst Haeckel s’appuie sur la théorie de Darwin pour établir la supériorité raciale des Blancs d’Europe du Nord. D’autres iront plus loin avec l’eugénisme. Ce danger existe toujours. C’est pourquoi, il faut aussi décoloniser l’écologie. PEPS promeut une écologie de rupture et définit dans sa Charte des Valeurs « l’écologie populaire et sociale comme décoloniale et antiraciste. Elle se réclame de la justice environnementale et dénonce le racisme environnemental et social qui touche les quartiers populaires. De l’esclavage à la colonisation, du néocolonialisme à la guerre des civilisations, le racisme globalisé s’exerce contre les peuples qui refusent le nouvel ordre mondial ».

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Aujourd’hui, aux Etats Unis comme en France, la montée du souverainisme national est une synthèse confusionniste qui nous entraine à l’abîme. Aux Usa avec le trumpisme, en France la politique folle de Macron accélère la décomposition politique. La revue « Front Populaire » de Michel Onfray où peuvent dialoguer Zemmour, De Villiers, Chevènement en passant par Didier Raoult, n’est que la dernière tentative de susciter un regroupement d’extrême droite sur la base du souverainisme. Ce nationalisme à caractère xénophobe se confond avec la fermeture des frontières, le rejet des immigrés, le repli sur la pureté de la race. Les mêmes utilisent la crise du Covid 19 qui a montré l’incapacité de l’Etat à protéger la population et délégitimé la notion même de puissance publique. D’où une demande d’Etat accrue.

Mais quelle est la nature de ce Pouvoir d’Etat ? Un Etat autoritaire qui instrumentalise le racisme d’Etat contre tout ce qui n’est pas « Appellation d’Origine Française Contrôlée », ou un Etat construit à partir du contrôle populaire dans les communes et les entreprises sur la base de l’autogestion généralisée ? Une souveraineté nationale évacuant la souveraineté populaire ou une souveraineté écologique à partir de la relocalisation ouverte, la reconversion, la souveraineté alimentaire, sanitaire, énergétique et la planification écologique des territoires ? L’exclusion des étrangers ou le droit d’hospitalité ? Les milliers de sans-papiers qui ont défilé le 30 mai malgré l’interdiction de manifester ont donné une première réponse avec l’exigence immédiate de la régularisation des sans-papiers. Les derniers de cordée de la restauration, du bâtiment, du nettoyage, des usines polluantes, celles et ceux qui vivent entassées, confinées dans des foyers concentrationnaires, des logements insalubres ou des bidonvilles ont défié l’Etat. Leur geste restera dans la mémoire collective.

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Les violences policières racistes, aux Etats-Unis comme en France, ont pour fonction première de diviser le peuple pour détourner ses différentes composantes de la lutte pour ses droits à l’existence, pour son droit à l’alimentation, à la santé, au logement, à la culture, à l’éducation, à un environnement sain. Quand les flics tuent Adama et restent impunis, c’est une part de notre dignité à toutes et tous qui s’en va. Cela dure depuis des décennies. Il y a dans la police française une culture de la violence illégitime en général, et de la violence raciste en particulier, soutenues par une impunité judiciaire et une omerta politique. En 43 ans, en France, le Basta mag a recensé 673 morts( https://bastamag.net/webdocs/police/). A ce niveau, on ne peut plus parler de « bavures ».

Pour avoir bravé l’interdit dans une émission de TV , la chanteuse Camélia Jordana est insultée et harcelée par toute la fachosphère, les syndicats de policiers et une bonne partie de la classe politico médiatique. Nous sommes fiers d’elle comme de nos frères et sœurs de Minneapolis et de toutes les villes d’Amérique qui organisent leur auto défense sociale. Nous sommes fiers des habitants d’Argenteuil et de Bondy qui se révoltent contre l’assassinat de Sabri ou le tabassage de Gabriel (14 ans).

PEPS sera présent au rassemblement de soutien à Gabriel, ce lundi soir à 18h à Bondy. https://www.facebook.com/events/273900567063193/

Leur révolte est légitime et PEPS s’associera à toutes les manifestations de solidarité avec les victimes des violences policières où qu’elles soient. Nous souhaiterions d’ailleurs que rapidement un rassemblement de soutien aux manifestations des afro-américains soient organisés devant l’Ambassade des Etats Unis à Paris.

Pas de quartier pour les racistes Pas de racistes dans nos quartiers ! Nous sommes tous des Georges Floyd et des Adama Traoré. Ni pardon, ni oubli : nous nous battons toutes et tous ensemble contre tous les racismes, contre toutes les violences d’Etat, pour l’honneur des opprimés et pour un monde meilleur !

Patrick Farbiaz, à Paris, le 1er juin 2020.

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