Salut à Maurice Rajfus

            Maurice Rajfus vient de mourir à 92 ans.

            Peu d’hommes auront autant œuvré au service des autres avec pertinence et acharnement que ce militant exemplaire. Rescapé de la rafle du Vel d’hiv’, il fut dès lors le dénonciateur infatigable de toutes les formes d’oppression, avec une minutie d’orfèvre et une intégrité sans faille. Témoin d’exactions policières dans les années 40, il le fut à nouveau en 1968, dont il se fit le chroniqueur décidé, répertoriant toutes les « bavures » pendant et après les événements. Tout cela dans des essais remarquables, précis, inattaquables surtout, qui servent aujourd’hui à tous les historiens, lui qui était de ces historiens du dimanche qui seuls savent raconter vraiment l’Histoire.

            Au sein de l’association « Que fait la police ? », qu’il avait créée, et son indispensable bulletin, nous creusions, sans complaisance ni esprit partisan, les incidents qui opposent police et militants politiques, sous tous les régimes. Maurice savait par exemple dire la vérité, y compris dans son propre camp, quand c’était avéré. On imagine sans peine à quel point un tel organe d’information serait essentiel aujourd’hui où cette question est à la une de toute la presse mondiale. Dans les délires qui se sont emparés de tous les camps, son regard froid et implacable remettrait les choses à leur place, débarrassées des affects politiciens et des haines.

            Son œuvre, faite de dizaines d’ouvrages, demeure. Il est temps pour les plus jeunes de découvrir cet homme, qui nous réconciliait avec l’humanité, sachant mêler sa malice à sa raison, sa solidarité à sa rigueur. Il aura traqué les ignominies pendant 60 ans, qu’elles soient contre les Juifs ou les Palestiniens, les Algériens ou les immigrés subsahariens, et la (trop) longue litanie des violences policières ou étatiques n’entrera dans l’histoire des infamies que grâce à sa mémoire.

            Cette belle personne, qui se considérait depuis la rafle comme en perpétuel sursis, aura vécu modestement une vie d’homme du peuple loin des feux médiatiques, des engagements politiciens et des (dés)honneurs. Il n’avait pas besoin de s’inscrire dans un camp : ceux qui le connaissaient étaient spontanément du sien.

            Je salue, avec grande tristesse, ce grand militant populaire et social.

Yves Frémion, pour PEPS Culture

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