L’édito du lundi: Macron, cécité, logorrhée

Lundi 15 juin 2020,

Le spectacle du confinement est terminé.  Finis les médecins du Conseil Scientifiques et autres experts squattant les plateaux des chaines d’informations. Place aux docteurs Mabuse  de l’économie libérale et au MEDEF qui en appellent à reconstruire le pays dans la sueur et les larmes, en travaillant plus pour gagner moins. Les spécialistes des purges sociales et des plans de licenciements sont de retour. Macron a parlé une fois de plus pour ne rien dire sinon s’autocélébrer et réaffirmer sa fidélité à son logiciel néolibéral et en appeler à la défense de la police et de l’histoire coloniale. Il va continuer inexorablement à appliquer son programme de démantèlement des droits sociaux comme si de rien n’était. Ce type est décidément indécrottable. Il n’a rien entendu, ni vu, ni appris.

C’est pourquoi les 16 et 17 juin seront l’occasion après le déconfinement antiraciste de la jeunesse et des sans-papiers, de deux confrontations avec Macron et son monde, sur la santé et l’écologie. Le 16, nous serons dans la rue pour défendre l’Hôpital public à l’appel des coordinations et syndicats de soignants. Le 17 nous multiplierons les actions de désobéissance civile pour agir contre la ré-intoxication du monde à l’appel des collectifs écologiste de rupture contre les destructeurs de la Terre. Ces deux combats n’en font qu’un : celui du droit à l’existence. Le Coronavirus a permis leur convergence en faisant prendre conscience que la dénaturation de notre planète a engendré une pandémie ayant tué à ce jour au minimum 400.000 morts, détruit des millions d’emplois et aboutit à une crise alimentaire et sociale sans précédent.

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                Dès lors, les discours et appels de toute sorte sur les « Jours heureux », « les Jours d’ Après ou de Demain », résonnent comme autant de mots vides de sens car ils laissent croire qu’en prenant de bonnes mesures, «nous » pourrions sortir par le haut de la crise.  Mais nous ne sommes pas sur le même bateau. Les uns rament dans leur galère, les autres dansent à bord du Titanic qui croient-il les protège. Or les précédentes catastrophes n’ont rien résolu. La crise de 1929 fut suivie par le fascisme, le nazisme, et le New Deal fut certes bon pour l’Industrie de l’Armement américaine mais là non plus pas « pour tout le monde ». Ce qu’on appela « les jours heureux » en France se traduisit certes par la Sécurité Sociale et d’autres réformes importantes. Mais les avancées sociales purent voir le jour parce que les puissants d’alors avaient au sens propre des fusils pointés sur la tête. La France sortait de la Résistance armée et ceux qui avaient proclamé quelques années auparavant « mieux vaut Hitler que le Front populaire », ceux qui avaient collaboré avec les nazis, étaient acculés à un compromis… dont finalement ils allaient être les grands gagnants. La France fut certes reconstruite   pour en faire une machine à produire et consommer sans entraves. Mais qui a été le bénéficiaire de ces prétendus « Jours heureux » ? Le capitalisme qui en étendant son emprise sur le monde en profita pour prendre le contrôle de nos vies en les marchandisant. Tout, aujourd’hui, de nos organes vitaux jusqu’à notre sommeil et nos rêves est comptabilisé, calculé, valorisé. Nos cerveaux disponibles sont vendus à la publicité et notre vie est mise en fiches par les GAFA  pour consommer plus de produits à obsolescence programmée.

Si nous voulons échapper à ce cycle sans fin, la seule question qui se pose est : Comment sortir du capitalisme et non l’améliorer ? C’est pourquoi, la logique des petits pas, des gestes écoresponsables, des transitions douces ne sont plus de mise, car ceux qui nous gouvernent voudraient qu’en nous sentant tous responsables, nous partagions le fardeau. Mais nous ne sommes pas égaux devant la crise sociale et écologique. Les soignants n’ont pas à payer les dégâts occasionnés par le démantèlement de la santé publique causé par l’irresponsabilité de l’état et de l’industrie pharmaceutique. Les petits paysans n’ont pas à payer pour les gros et pour la voracité l’industrie agro-alimentaire. Les ouvriers de Renault ou de PSA, les salariés d’Air Bus n’ont pas à payer pour le refus de l’industrie automobile et aéronautique d’avoir préparé sa propre « transition ». Depuis 150 ans les réformateurs républicains et socialistes nous sortent les mêmes antiennes : On peut améliorer le sort de ceux d’en bas à bas bruit, sans révolution, dans une évolution graduelle.

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Aujourd’hui, leurs héritiers environnementalistes vont au secours du capitalisme en le verdissant, en laissant entendre qu’avec un peu d’écotaxe, un zeste de pistes cyclables et une bonne rénovation énergétique des logements, le monde en serait changé. Ils gagneront sans doute – et à court terme -la lutte des places mais les vrais possédants, eux, feront payer la note de l’effondrement qui vient à celles qui en seront les principales victimes, les classes populaires. Les autres, retranchés dans leurs ghettos de riches, défendus par leurs milices, leur police et leur armée n’auront qu’une idée en tête : comment transformer cette destruction programmée en nouveaux profits boursiers.  

C’est pourquoi les phrases de Rosa Luxembourg, écrites de sa prison il y a 105 ans, résonnent tant en 2020 : « Souillée, déshonorée, pataugeant dans le sang, couverte de crasse ; voilà comment se présente la société bourgeoise, voilà ce qu’elle est. Ce n’est pas lorsque, bien léchée et bien honnête, elle se donne les dehors de la culture et de la philosophie, de la morale et de l’ordre, de la paix et du droit, c’est quand elle ressemble à une bête fauve, quand elle danse le sabbat de l’anarchie, quand elle souffle la peste sur la civilisation et l’humanité qu’elle se montre toute nue, telle qu’elle est vraiment. […] Friedrich Engels a dit un jour : « La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie. » […] « Nous sommes placés aujourd’hui devant ce choix : ou bien triomphe de l’impérialisme et décadence de toute civilisation, avec pour conséquences, comme dans la Rome antique, le dépeuplement, la désolation, la dégénérescence, un grand cimetière ; ou bien victoire du socialisme, c’est-à-dire de la lutte consciente du prolétariat international contre l’impérialisme et contre sa méthode d’action : la guerre. C’est là un dilemme de l’histoire du monde, un ou bien – ou bien encore indécis dont les plateaux balancent… […] ». Rien à ajouter.

Rosa Luxembourg incarnait le socialisme d’en bas. Comme elle, nous refusons l’idéologie commode et conformiste, l’illusion dangereuse de cette nouvelle sociale démocratie verte qui au nom d’un évolutionnisme passif fondé sur le seul optimisme technologique veut empêcher la catastrophe. Comme elle, nous valorisons l’auto organisation sociale et souhaitons que l’écologie d’en bas, l’écologie de rupture s’organise. Pas dans les salons, mais sur le terrain dans les hôpitaux, les ZAD et les communes. Non, nous ne sommes pas dans le même bateau. Nous n’avons pas les mêmes intérêts. La communauté humaine du peuple- monde n’a rien à voir avec ceux qui pillent nos écosystèmes, détruisent la Terre et le Vivant, exploitent nos vies de la naissance à la mort. Macron a commencé à définir hier soir la stratégie du choc qu’il comptait administrer « à ceux qui ne sont rien » : Travaille, respecte la police, et ferme ta gueule.

Toutes et tous ensemble, répondons-lui : la République, c’est nous, ta période d’essai est terminée. Nous te licencions sans préavis ni indemnité. Toi et ton monde, nous vous destituons.

Patrick Farbiaz

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