L’EDITO DU LUNDI :Convention Citoyenne pour le climat, Elections Municipales: Pour une écologie sans transition, démétropolisation, démarchandisation, démondialisation

Paris, le 22 juin 2020,

La Convention Citoyenne pour le Climat et le 2eme tour de élections municipales remettent l’urgence sociale écologique au centre du débat public.

La Convention citoyenne a accouché de 150 mesures pour lutter contre le réchauffement climatique. On peut toujours considérer que ce type de démocratie participative est manipulé et tellement encadré que les décisions qui y sont prises ne correspondent pas aux nécessités de l’heure, il n’empêche que le processus a débouché sur des propositions que l’on ne peut pas rejeter d’un revers de main. La plus emblématique de ces mesures, les 28 heures payées 35, a, au dernier moment, été évidemment rejetée d’entrée par les lobbies patronaux, mais d’autres sont maintenant dans les tuyaux et pourraient se traduire en actes référendaires, législatifs ou réglementaires. Comme pour toute commission dépendant de l’Etat, la transparence totale des débats devrait être garantie, ce qui veut dire que nous désirons connaître les arguments utilisés pour arriver à prendre telle ou telle mesure. Au -delà, le résultat – même modeste- de cette Convention montre que la crise climatique et écologique oblige à se poser les questions de notre mode de production et de consommation.

Les élections municipales se font à bas bruit. Pourtant elles risquent de produire un véritable tsunami politique. Si des villes comme Lyon, Marseille et Toulouse étaient dirigées par des écologistes, le paysage politique de l’Après-Covid en serait profondément modifié. Si nous ne sommes pas dupes des retournements de veste des uns et des autres, des alliances à géométrie variables, des limites de ce type d’élections, les conséquences politiques de ce bouleversement pèseront sur les échéances à venir.

 Au-delà des résultats de la Convention Citoyenne comme des élections municipales, le débat ne sera plus désormais sur la légitimité de l’écologie comme cadre incontournable de la politique, mais sur les moyens et le contenu des solutions proposées. Pour enrayer l’effondrement qui vient, faut -il aménager ou sortir du capitalisme ? Faut -il une transition écologique sans fin ou une écologie de rupture sans transition ? Faut-il une écologie gestionnaire à l’allemande, à l’autrichienne, à la Jadot ou une écologie populaire et sociale ? Nous sommes devant des choix stratégiques, des bifurcations.

Pour notre part, seule l’inversion de la tendance sur les trois dimensions spatiale, économique et planétaire permettra d’enrayer le processus mortifère et insoutenable en cours. C’est pourquoi au-delà des solutions cosmétiques proposées par les conventionnels et l’écologie d’accompagnement, nous estimons que nous ne ferons pas l’économie d’une rupture autour de trois axes :

1.La démétropolisation : La crise a montré la fragilité et les maux des métropoles. La méga-machine de la ville métropolitaine rend les métropoles invivables, «  barbares»  selon Guillaume Faburel (Les métropoles barbares, Le passager clandestin). Au moment où les élections municipales vont aboutir au renforcement des communautés d’agglomération, à une nouvelle concentration des Pouvoirs au détriment des communautés de pays, il faut réaménager le territoire à partir d’un nouvel espace, les bio-régions. Constituée d’un ensemble complexe d’écosystèmes locaux, elle vise à l’auto soutenabilité écologique et à la réduction de la consommation d’énergie. La bio-région intègre les domaines économiques politiques environnementauxet de l’habiterrétablissant sous une forme nouvelle les relations de longue durée entre ville et campagne.

2. La démarchandisation : Durant le confinement, l’inversion des valeurs s’est faite au détriment de l’économie par rapport à la vie. L’entraide et la coopération sont devenues des armes essentielles pour combattre la pandémie. On a redécouvert l’utilité sociale des « derniers de cordée » et, par contraste, l’inutilité des actionnaires. Plus généralement, la marchandisation de la vie humaine est apparue comme un des facteurs de la souffrance sociale. Cela doit se traduire comme le propose Paul Ariès (la Gratuité contre le capitalisme, Larousse, 2018), par une stratégie d’extension de la gratuité dans tous les domaines. Des transports en commun à la santé, de l’éducation à l’alimentation, la satisfaction des besoins essentiels doit être assurée et donner lieu à un renforcement des services publics contrôlés par les usagers et autogérés par les salariés.

3. La démondialisation : Pendant la crise, la rareté des échanges et des vols internationaux a suscité la baisse de la consommation de CO2, le retour de la nature. La relocalisation des activités et de l’économie a émergé comme une exigence partagée et plus comme une lubie d’écolos utopistes. La souveraineté alimentaire proposée depuis des décennies par Via Campesina et ses 200 millions de paysans, qui luttent pour le droit à l’alimentation et l’agro- écologie, s’élargit à la souveraineté sanitaire en climatique, énergétique. La souveraineté écologiste s’oppose à l’instrumentalisation de la souveraineté nationale par l’extrême droite. La   démondialisation n’est pas contradictoire à la mondialité qui refuse l’uniformisation des cultures et des identités. La démondialisation suppose encore plus de métissage, de libre circulation des personnes, de créolisation des cultures, de cosmopolitisme insurgé.

Autour de ces trois notions peut se construire un projet écologiste de rupture, différent de la bouillie de la croissance verte que l’écologie libérale essaie de nous vendre. Mais ces trois « D » ne seraient rien sans le quatrième, la démocratisation réelle. Ce que l’on a vu aussi à l’aune du Coronavirus, c’est que les systèmes autoritaires ne fonctionnent plus. Pas seulement aux USA, au Brésil ou en Russie mais aussi en France à travers la Vème République, système pervers de monarchie républicaine où tout dépend d’un seul homme sans contrôle. C’est pourquoi d’ailleurs, le système politique français s’est auto-bloqué.

 La Gauche, les écologistes meanstream, la Droite ne pensent qu’à une seule chose, le casting de 2022. Tout le reste, le projet, les luttes, les urgences sociales et écologiques, y est subordonné. Tous ces guignols attendent 2022 et un illusoire changement à la tête de l’Etat. Mais par quel miracle un système où des millions de gens issus des classes populaires s’abstiennent, dégoûtés par cette course de chevaux indigne de la démocratie, pourrait-il accoucher d’une élection aboutissant à un changement quelconque ?

Sans avoir de solution divine, on peut dire au minimum qu’il ne faut plus compter sur un rassemblement venu d’accords par le haut, concoctés entre personnalités désignées par des appareils en déconfiture ou autoproclamées par les médias. Les 4 D de l’écologie de rupture nous indiquent un autre chemin : celui de la souveraineté populaire à partir des communes fédérées, des communautés de producteurs et de consommateurs regroupés (coordinations, coopératives autogérés, circuits courts paysans consommateurs…) des mouvements sociaux contre toute domination. Celui de l’auto organisation et de l’autonomie sociale, menées dans les ZAD et par la jeunesse des marches pour le climat, par le mouvement féministe, par la jeunesse antiraciste des quartiers populaires, par les luttes sociales du mouvement des retraites, des hôpitaux et contre les licenciements. Ce chemin, c’est celui de la rupture avec le capitalisme vert, bleu ou rose… Cette transition là est la seule qui vaille.

Patrick Farbiaz

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