L’EDITO DU LUNDI. MUNICIPALES : GREVE DU VOTE, DEGAGISME ET « VAGUE VERTE »

A Paris, le 29 juin 2020,

La journée du 28 juin restera dans l’histoire politique de la France. La première leçon de ces élections municipales est que la vague dégagiste continue : 59 % d’abstention. Du jamais vu dans une élection municipale où la proximité encourage la participation. Cette abstention massive montre que la crise démocratique se nourrit d’une défiance toujours plus accrue envers les institutions. Cette critique en acte de la politique politicienne perdure et se renforce dans les classes populaires. Ajoutons-y la peur du Coronavirus, la gestion erratique par l’Etat et l’irresponsabilité d’avoir organisé des élections dans ce contexte, celles et ceux qui auront été élu-e-s dans ces conditions auront du mal à imposer leur légitimité. Quand tant de gens pratiquent une sorte de grève du vote, la signification est double : c’est à la fois le signe d’une colère rentrée et une résignation de ne plus pouvoir changer la vie par la voie électorale.

Ce constat ne veut pas dire que ces élections sont sans signification sur l’évolution du paysage politique à gauche et dans l’écologie. Les élections municipales ont été l’occasion d’une claque magistrale à Macron et à sa clique. A part la défaite du Havre, due entre autres au refus d’EELV d’appeler à voter pour la liste d’union à gauche qui comprenait nos amis décroissants, le rejet du macronisme a été impressionnant. Ce Pouvoir qui casse les droits sociaux, réprime, mutile, renforce les inégalités, a connu une défaite malgré sa tentative désespérée de s’allier avec les Républicains. En annonçant les résultats de la Convention citoyenne pour le Climat, le gouvernement a renforcé la vague verte, les électeurs préférant toujours l’original à la copie.

Le dégagisme a atteint ceux qui avaient bénéficié du rejet de Hollande. Le dégagisme a mis à bas des dynasties oligarchiques enracinées depuis des décennies ; le gaudinisme à Marseille, le Juppéisme à Bordeaux, le « collombisme » à Lyon.   A gauche,  le PC a continué à se rétracter avec la perte de St Denis, d’Aubervilliers, de Bezons, d’Arles. La FI a choisi d’enjamber ces élections pour se préparer exclusivement à la présidentielle. Seul le PS sort requinqué de l’élection en surfant sur la vague verte.

 Les victoires d’EELV et de la gauche rassemblée au deuxième tour des élections municipales sont certes une bonne nouvelle. Nous sommes satisfaits de voir qu’elles mettent sans conteste l’écologie politique au centre de la recomposition. Comme les élections municipales de 1977 avaient annoncé l’avènement du nouveau PS, le municipalisme Vert annonce l’émergence d’une génération de gestionnaires se réclamant de l’écologie. Cette vague verte est portée par les classes moyennes au capital culturel élevé des centre villes. Mais si cette élection met EELV, le parti vainqueur de cette séquence, au cœur de la recomposition, elle le place devant ses contradictions. Tous les candidats de la gauche ou EELV, et même parfois de la droite et du centre, se sont réclamés d’une écologie sans aspérités, d’une continuité sans véritable rupture par rapport à la gentrification et à l’exclusion des classes populaires, à la métropolisation et à l’artificialisation des sols, à la cherté des loyers, à la privatisation rampante des services publics….

Plus d’espace vert, plus de pistes cyclables, plus de bio dans les cantines c’est bien, on est preneur mais la lutte contre le changement climatique, contrairement aux espérances de l’électorat d’EELV, ne connaitra pas d’avancées significatives si on remplace le « métro-boulot -dodo » par le « bio-vélo- micro ».

Pour EELV, cette victoire serait la traduction politique de la majorité culturelle. Soit, mais de quelle majorité culturelle parlons-nous ? D’une majorité environnementaliste mais pas écologiste. Les aspirations à un environnement sain, à une amélioration de la qualité de vie dans les centres villes, à la lutte contre la pollution sont effectivement partagées par une majorité de citoyens mais en soi ces exigences ne remettent pas en cause le mode de production et de consommation, le mode de développement productiviste et capitaliste. Là est l’ambiguïté fondamentale. EELV confond environnementalisme et écologie politique.

Pour EELV, cette majorité culturelle traduirait l’existence d’un « peuple de l’écologie ». Là aussi il y a maldonne : qu’y a t- il de commun entre les membres des classes moyennes aisées qui viennent chaque semaine prendre leur panier à l’AMAP, et les victimes de l’amiante des quartiers populaires ? Qu’y a -t-il de commun entre les adeptes des pistes cyclables et les paysans victimes du glyphosate ? la nature est aussi un champ de bataille où les intérêts de classes s’affrontent. Tant que les classes populaires ne s’empareront pas de la question sociale-écologique, les changements seront cosmétiques. Les Gilets Jaunes l’ont montré. Fin du monde, fin du mois. Il faut d’abord résoudre cette équation pour que se forgent de nouvelles alliances.

Pour EELV, cette majorité culturelle et ce peuple de l’écologie exigent un seul parti de l’écologie qui rassembleraient ceux qui croient au capitalisme vert et ceux qui estiment que l’écologie n’est pas soluble dans le marché, ceux qui veulent une stratégie des petits pas et ceux qui pensent que la crise climatique et écologique exigent des transformations radicales, ceux qui croient à la croissance verte et ceux qui optent pour la décroissance choisie. Comme au temps du républicanisme et du socialisme, il y eut des partis républicains et socialistes de gauche et de droite, défendant des options différentes. Aujourd’hui, l’espace de l’écologie politique ne peut être préempté par une seule formation qui ferait le grand écart en permanence.  EELV, en refusant de choisir, ira une fois de plus dans le mur en ouvrant le chemin à de nouveaux De Rugy, Canfin, Pompili, Cohn-Bendit… Le  « transformisme vert » attrape-tout peut faire illusion à court-terme. Mais entre les « deux âmes de l’écologie » l’écologie libérale et l’écologie populaire, chaque militant, chaque sympathisant, chaque électeur devra faire son choix.

De ce point de vue, les défaites sont aussi significatives que les victoires. L’Archipel citoyen à Toulouse, la liste d’union à Amiens et même le Printemps marseillais qui n’a pas encore gagné à Marseille sont des listes structurées autour de l’écologie populaire. Leur radicalité a pu effrayer nombre de déçus du macronisme qui dans d’autres villes ont été rassurés par le profil des animateurs d’EELV.

Une écologie peut donc en cacher une autre. Nous avons pour notre part, à PEPS, décidé de fédérer l’écologie de rupture, celle qui prône une écologie sans transition, qui refuse de s’en tenir à une sorte de ni droite – ni gauche ou de remplacer le PS par un PS repeint en vert, qui se refuse à désespérer la ZAD comme d’autres désespéraient Billancourt. La gauche d’EELV devra bientôt prendre ses responsabilités. Soit elle cautionnera la promotion d’un hollandisme repeint en vert qui génèrera de nouvelles déceptions après avoir répandu de nouvelles illusions, soit elle contribuera à la construction d’un Front Populaire Ecologique rassemblé autour de l’écologie sociale. Si les écologistes se vautrent dans un néo-centrisme qui laisse les classes populaires au bord du chemin, la vague verte ouvrira la voie au lepénisme toujours en embuscade, comme l’atteste la prise de Perpignan.

Ce débat n’est pas nouveau dans l’histoire du mouvement populaire. En 1906, au Congrès d’Amiens de la CGT, les syndicalistes révolutionnaires refusaient d’être dépendants du Parti Socialiste de l’époque au nom de « la double besogne » : défendre les intérêts immédiats des travailleurs et en finir avec le capitalisme. Les écologistes de rupture eux aussi ont une double besogne : défendre le droit à un environnement sain en luttant pour la défense immédiate de notre droit à respirer et à vivre mieux et en même temps sortir du capitalisme productiviste, seule garantie d’une transformation et écologiste radicale de la société.

Patrick Farbiaz

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