L’édito du lundi : repensons en profondeur notre système d’assurance

Les dénonciations du système capitaliste ne manquent pas. Certains secteurs comme celui de l’assurance restent des secteurs avec peu d’alternatives envisagées pour sortir de la marchandisation. Pourtant entre les débats sur le système de retraite comme ceux sur la réponse à apporter à la Covid 19, nous devons mettre au cœur du débat public le système de protection sociale et environnementale (retraites, santé, travail/chômage, environnement…).

Le risque pandémique n’était pas assuré par les assureurs privés. C’est la raison pour laquelle on fait appel aux Etats en dernier recours. Ils mettent la main à la poche pour éviter l’accélération d’une crise sociale grâce au chômage partiel par exemple.

Face à un risque, un assureur prévoit une enveloppe budgétaire à partir de l’analyse des sinistres potentiels à venir. Pour les financer, ce sont les assuré.e.s qui payent une prime d’assurance à partir de leurs risques respectifs.
Les assurances n’ont pas la capacité d’assurer un risque mondial qui dure dans le temps comme une pandémie.
Si ce risque était assurable, les primes d’assurances seraient rédhibitoires pour les assurés qui ne pourraient plus passer par ces services.
C’est pourquoi les assureurs envisagent quelque chose a minima: soit l’inclusion du risque pandémique pour les entreprises de moins de 250 salariés dans la garantie incendie couvrant actuellement toutes les entreprises soit dans la garantie perte d’exploitation qui couvre 50% des entreprises.

Dans les deux cas, l’impact sur les primes d’assurances va être décuplé, ce qui va encourager les industriels/logisticiens de taille moyenne à s’équiper en sécurité incendie pour empêcher le montant des primes d’exploser.
Pour les entreprises de plus de 250 salariés, sachant que les assureurs connaissent déjà plus de 55 milliards d’euros de pertes suite au coronavirus, ils vont compenser par une hausse des primes d’assurances des entreprises. Les montants des primes vont donc vraisemblablement augmenter pour rembourser les dettes des assureurs et pour augmenter leurs profits à l’avenir.
Cette hausse des primes d’assurances est confirmée par Bilan (l’équivalent des Échos en Suisse) qui affirme que c’est l’activité dommages qui dopera l’ensemble du monde de l’assurance.

Nous ne sommes pas encore dans une société où nous réfléchissons à une production répondant à nos besoins, respectueuse de l’environnement, permettant à tout le monde de vivre dignement avec un partage des richesses adéquat.
Tout n’est pas noir dans la période que nous vivons. Il va y avoir des effets positifs sur la maîtrise des risques technologiques.
La réglementation sur les risques industriels évolue plutôt dans le sens d’une meilleure maîtrise du risque incendie suite au sinistre de Lubrizol.
Néanmoins, les derniers rapports parlementaires expliquent que la faiblesse du nombre d’inspections réalisées par les services du ministère de l’environnement par le manque d’inspecteurs et d’inspectrices.
De nombreux sites peuvent ne pas la respecter par méconnaissance ou par choix financier.
La réglementation actuelle et son application ne restent encore qu’un compromis technico-financier acceptable pour conserver la compétitivité des activités.
La hausse des primes d’assurances à court terme est intéressante vis-à-vis de l’amélioration de la maîtrise des risques industriels vis à vis des dégâts environnementaux.
Cela va inciter les industriels qui le peuvent à améliorer la maîtrise de leurs risques pour faire baisser leur prime d’assurance.
En mettant en place des systèmes de sécurité incendie qui évitent les dommages provenants des incendies et la perte de chiffre d’affaires qui en découle, les industriels rassurent les assureurs.
En conséquence, celui-ci diminue la prime d’assurance car le risque est considéré comme mieux maîtrisé.

Le coronavirus et ses multiples conséquences nous montrent néanmoins l’incapacité du système d’assurances privées à répondre à pareille crise.
Les assureurs dans leurs rapports envisagent déjà des crises pandémiques futures mais surtout des catastrophes climatiques de plus en plus importantes et des mouvements sociaux perturbants l’économie comme jamais auparavant.
L’impact sera considérable sur les résultats des entreprises.
A cela, il faut ajouter un terrible effet pervers.
Comme les grandes entreprises doivent réaliser des profits pour rétribuer leurs actionnaires, cela se paye cash pour une grande majorité de la population.
En temps de crise, pour augmenter leurs profits ils ne peuvent plus compter sur la croissance. Ils cherchent donc à diminuer la charge fixe sur laquelle ils peuvent encore jouer: la diminution des salaires. Ils peuvent par exemple trouver un accord d’entreprise en pratiquant le chantage à l’emploi. Ou comme le préconise le MEDEF, ils peuvent aussi augmenter le temps de travail qui tend à diminuer le salaire horaire et provoque l’épuisement des salariés.

Nous sommes dans une impasse.
Actuellement, l’Etat (et donc les contribuables) socialise les pertes non assurables par le privé et vient à la rescousse des assurances en temps de crise. Pourtant, en temps « normal », il privatise les profits avec des assureurs qui font du profit sur ce qu’ils maîtrisent.
Ce système de répartition des responsabilités entre le privé et le public se fait au détriment des citoyens.citoyennes ne nous permet pas d’assurer une vie digne à toutes et à tous.
Ainsi, il y a urgence à nationaliser les branches françaises des assureurs privés.
Nous pourrions organiser une assemblée réellement démocratique sur le domaine de l’assurance pour repenser en profondeur le système.
Dans les modèles de gouvernance que nous avons connus, la bourgeoisie a cherché à imposer ses pratiques sociales à toute la société.
Une délibération collective avec toutes les couches sociales éviterait donc la mise en place d’un système étatique ou un marché dans lequel une minorité imposerait sa vision de l’assurance.
La démocratisation de la gestion de notre système social est complexe à mettre en œuvre mais c’est ce vers quoi nous devons tendre si nous souhaitons atteindre l’objectif d’une société totalement émancipée des rapports de domination.
Selon les domaines, cela ne sera pas du tout réglé de la même façon, puisque la décentralisation aura lieu parfois par branches professionnelles et d’autres fois par assemblées territoriales.

Les ménages et les entreprises utiles socialement et écologiquement ont besoin de sécuriser leurs revenus.
Réinvestissons notre système de protection sociale, décentralisons et autogérons celle-ci. 
Face à la crise actuelle et aux crises sociales et écologiques à venir, à rebours du démantèlement de notre système de protection sociale, arrêtons de céder du terrain à une logique d’assurance privée.

Paul Poulain, le 20 juillet 2020

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