L’édito du lundi : Les contradictions du municipalisme d’EELV

Patrick Chaimovitch, maire de Colombes EELV, en osant évoquer la continuité de la police de Vichy avec le comportement des forces de l’ordre aujourd’hui, lors d’une cérémonie gérée par sa municipalité a déclenché une polémique qui, quoi que l’on pense de son expression orale, intéresse tous ceux qui se réclament de l’écologie politique.

Sur le fond, Patrick Chaimovitch a parfaitement raison. Les policiers de Vichy n’étaient pas tous des nazis invétérés quand ils faisaient monter les familles juives dans les cars qui les emmenaient au Vel d’Hiv avant qu’ils soient menés à Drancy et à Auschwitz. Certains même sauvèrent des familles et des enfants juifs. Hormis ces policiers républicains et résistants, les mêmes qui avaient organisé ou participé à ces rafles, sentant le vent tourner, furent souvent les résistants de la dernière heure. Le mécanisme est parfaitement connu depuis des siècles : c’est l’obéissance, la servitude volontaire. Les policiers français ont obéi à Bousquet.

La Shoah n’a évidemment rien à voir avec la situation des migrants justement dénoncée par le maire de Colombes. Mais, même si comparaison n’est pas raison, la logique de soumission de la police comme appareil d’Etat est la même. Dix ans à peine après la rafle du Vel d Hiv, les policiers français tirèrent sur le défilé du 14 juillet 1953, tuant 10 militants algériens et cégétistes. 19 ans plus tard, sous les ordres de Maurice Papon un autre salopard, devenu Préfet puis Ministre de la République, des policiers français assassinèrent au moins 200 algériens en les jetant à la Seine, précédant de quelques mois le massacre de Charonne. Le meurtre du lycéen Gilles Tautin et de deux ouvriers de Peugeot Sochaux en 1968, de Malik Oussekine en 1986 et des dites « bavures » depuis des dizaines d’années dans les quartiers populaires, documentées par Maurice Rajfus, montrent que les pleurnicheries des syndicats de policiers appuyés par les Autorités – dont le Ministre de l’Intérieur – ne sont que des tentatives pour cacher la réalité :

Il y a une continuité entre la police de Vichy et la police de la République parce que, comme l’a dit Jacques Chirac, il y a une continuité entre Vichy et la République. Le policier n’est pas une personne bonne ou mauvaise, raciste ou pas, fasciste ou pas. La police est un système indépendant des hommes qui y sont. Elle est structurellement le bras armé d’un système qui, selon les époques, l’utilise pour légitimer et défendre ses intérêts menacés.  L’ordre sécuritaire depuis des décennies cherche d’abord à préserver les intérêts des dominants.  Expulser les immigrés, chasser les sans-papiers, aller chercher les enfants dans les écoles pour les mettre dans les Charter, frapper à terre les manifestants avec clefs d’étranglements et Taser, c’est la banalité de leur job.

Pour la police, les classes dangereuses, comme l’a dit le Préfet Lallement au sujet des Gilets Jaunes, « ne sont pas dans le même camp [que lui] ».  De fait il faudrait peut-être remplacer le slogan « Tout le monde déteste la police » par « La police déteste tout le monde », sauf peut-être les corrompus, les évadés fiscaux, les patrons licencieurs, les propriétaires expulseurs … et leur patron, le ministre Darmanin accusé de viol, lequel ose déclarer « s’étouffer quand il entend le terme violences policières ». Ce Ministre les encourage au moment même où les juges daignent enfin s’intéresser à la mort de Cédric Chouviat agonisant sous une clef d’étranglement, qui crie « J’étouffe ! », au moment même où l’on apprend que des centaines de violations caractérisées des droits humains ont eu lieu dans le dépôt du TGI de Paris. Ce n’est pas un individu, mais toute une brigade couverte par sa hiérarchie qui a pratiqué des maltraitances frisant la torture accompagnées d’injures racistes et homophobes répétées. Le lanceur d’alerte, le syndicaliste FO, menacé pour avoir dénoncé ces pratiques doit être soutenu. La police, quelles que soient les époques, est un instrument de répression.

Au niveau politique, les affaires de Colombes comme celle de Paris vis-à-vis de Christophe Girard sont symptomatiques d’un rapport non maitrisé d’EELV envers les institutions. Depuis sa fondation, les Verts puis EELV ont toujours évolué vers une position libérale libertaire. Bien que ce parti soit de plus en plus environnementaliste et pas écologiste (c’est à dire anticapitaliste), EELV a toujours défendu les droits légitimes des minorités, des femmes, et c’est tout à son honneur. Aujourd’hui à la tête de grandes villes, il n’est pas anormal que certains élus pratiquent la « désobéissance verbale ». Nous espérons que, comme Noël Mamère en son temps, célébrant un mariage gay dans sa mairie de Bègles au moment où celui-ci était interdit, ils pratiqueront la désobéissance civile dans les institutions, quitte à être stigmatisés par l’Etat et ses larbins sur Cnews ou BFM TV.

La question des institutions et de l’Etat chez les écologistes n’a jamais été pensée, d’où des dérives dans tous les sens  sans que l’on en comprenne toujours le sens. La désobéissance verbale a des limites. Le maire de Colombes qui s’est platement excusé en raison du tollé suscité par le prétendu amalgame entre les rafles d’hier et celles d’aujourd’hui. Il soutient non seulement sa police municipale, mais également son armement, au mépris de tout ce que son parti prétend défendre depuis sa naissance.

Le municipalisme écologiste n’est pas au-dessus des contradictions de la société. Il doit choisir entre se dissoudre dans l’institution ou au contraire adapter celle-ci à son orientation. Les écologistes élus n’ont pas à être le porte-parole de leur administration ou de l’Etat. Ils doivent appliquer leur programme si tant est que celui-ci défende les biens communs, le Vivant et les intérêts des classes populaires.

De fait, EELV est pris entre deux feux : jouer la respectabilité pour tenter de prendre le leadership de la gauche en vue des prochaines échéances présidentielles, ou bien répondre à une partie de son électorat, notamment les jeunes qui n’ont que faire des jeux politiciens et qui veulent que ce mouvement réponde à leurs aspirations. Mais la direction EELV ne pourra pas à la fois dénoncer les « dérapages » des manifestantes contre Christophe Girard tout en surfant sur la vague féministe. Elle ne pourra pas soutenir le Comité Adama et le mouvement de la jeunesse populaire des quartiers tout en déplorant certains « dérapages » que nous appelons émeutes légitimes.  

Plus largement, EELV ne pourra pas à la fois soutenir la croissance verte et la décroissance choisie ; elle ne pourra pas soutenir la politique européenne de Macron et des Verts allemands. Le grand écart, le double langage, les postures ni droite ni gauche, au nom d’une écologie centriste se paieront à un moment ou un autre et les Pompili, De Rugy, Canfin, et Cohn-Bendit seront rejoints par de nouveaux apôtres d’une « écologie des petits pas « positive », « responsable », « raisonnable ». EELV sera confronté à l’impossibilité dans le monde d’aujourd’hui d’avoir du « grain à moudre » pour la transformation écologique alors que de la Sibérie à l’Amazonie, le monde s’effondre. Faute d’assumer une écologie de rupture, le municipalisme d’EELV se transformera en pâle imitation du municipalisme social-démocrate du PS des années 70, gérant les pistes cyclables et la nourriture bio dans les cantines, privilégiant sa clientèle des centre villes par rapport aux classes populaires des périphéries loin du communalisme de Murray Bookchin, loin du pouvoir populaire et de l’autogestion citoyenne.

Dans l’immédiat PEPS soutiendra les élu-e-s et militant-e-s EELV attaqué-e-s par l’extrême droite, la droite, les médias et l’Etat ; Nous condamnons notamment les manifestations indignes de syndicats de policiers contre le Maire de Colombes.

Nous les soutiendrons aussi face au PS à Paris dans l’affaire Girard comme à Grenoble, dans l’alliance du PS et de la droite pour maintenir son petit pouvoir à la métropole contre Eric Piolle.

Les écologistes de rupture ne lâcheront rien car ils savent que quand on met le doigt dans cet engrenage des récupérations, de la résignation, des petits arrangements entre amis, on y met le bras, la tête et le reste du corps mais d’abord son projet et ses convictions.

PEPS, le 27 juillet 2020

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