L’Edito du lundi de PEPS : face à l’islamo fascisme, le droit à l’existence

A Pantin, le 20 octobre 2020,

Vendredi 16 octobre, Samuel Paty, professeur d’Histoire dans la grande banlieue parisienne, a été décapité par un jeune fanatique tchétchène en représailles à la présentation en classe de caricatures de Mahomet. L’islamo fascisme a trouvé chez l’assassin, un enfant de la guerre, le creuset idéal à sa barbarie totalitaire.

Le professeur, exécuté pour avoir exercé sa mission d’enseignement, est aujourd’hui porté en symbole de la liberté d’expression qu’il enseignait. Mercredi, un hommage lui sera rendu à La Sorbonne pour symboliser « l’esprit des Lumières et l’expression des libertés, des idées et du progrès ». Si l’expression de la douleur et de la solidarité face à cet attentat est attendue de la part de l’institution, le gouvernement a aussi trouvé dans ce drame le creuset idéal à sa politique liberticide.

Ce crime a lieu dans un contexte difficile, en pleine crise sanitaire et sous couvre-feu, et dans le prolongement d’une campagne médiatique d’islamophobie rampante, dont le but est à la fois de diviser les classes populaires face au bloc bourgeois, et de préparer le duel Macron/ Le Pen aux élections présidentielles de 2022.   Depuis bientôt deux ans et les vagues de contestation populaires qui traversent le pays (Gilets jaunes, mouvement des retraites, soignantes et soignants, activistes écolos …), le Pouvoir répond de façon toujours plus répressive, dans la tradition française d’un maintien de l‘ordre musclé qui use des armes de guerre contre sa population, en particulier quand elle est issue des colonies, comme le rappelle le douloureux anniversaire du 17 octobre 1961, cette année marqué par l’interdiction pour la Marche des solidarités avec les sans-papiers de se rendre devant l’Elysée pour réclamer le droit à une existence légale.

Cette politique répressive s’accompagne de la mise à l’index des musulmanes et des musulmans, et plus généralement des habitants des quartiers populaires, dans un amalgame grossier qui mélange allègrement islam et fanatisme, pauvreté et « ensauvagement », enseignement de la langue arabe à l’école et embrigadement, banlieue et « séparatisme », laïcité et islamophobie.  Les insultes reçues par Maryam Pougetoux, la syndicaliste de l’UNEF, lors du rassemblement de samedi place de la République en hommage à Samuel Paty, est un signe parmi d’autres de l’expression de l’islamophobie en lieu et place de la défense de la laïcité. Dans le même sens, l’éviction de Nicolas Cadene et la fermeture annoncée de l’observatoire de la laïcité sont une façon de supprimer un outil de protection des plus vulnérables face au risque de violences vis à vis de la communauté musulmane, mais aussi de toutes les personnes racisées et des habitants des quartiers populaires en général.

L’école est un lieu important d’exercice de la laïcité, et notamment dans les quartiers populaires laissés à l’abandon par des services publics chaque jour réduits à peau de chagrin, ce qui fait le nid des souffrances et des fanatismes. L’exemple de Pantin, dans le 93, cristallise ce constat et le lien possible entre une école en souffrance et une jeunesse en souffrance : c’est à Pantin que l’année dernière Christine Renon, directrice d’école, s’est donné la mort parce qu’elle ne pouvait pas exercer son métier correctement.

C’est aussi à Pantin que sévissent des réseaux de radicalisation qui offrent des perspectives mortifères à des jeunes en quête de sens à travers l’islamo-fascisme. Pour autant, la fermeture totale de la mosquée de Pantin n’était pas nécessaire. Les responsables de la diffusion de la vidéo sont connus et la loi permet de les poursuivre sans porter atteinte pour toute une communauté au droit à l’exercice du culte. En outre, vouloir dissoudre des associations parce qu’elles sont adossées à l’Islam, sans avoir pu prouver qu’elles contreviennent à la loi, revient à nier le principe selon lequel « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » et introduit une discrimination à l’endroit des seuls musulmans qui porte atteinte à la laïcité. C’est une façon hypocrite pour le Pouvoir d’affirmer une lutte contre la radicalisation alors même que toutes les conditions sont réunies pour attiser la haine de l’autre et jouer sur les communautarismes. Dans l’immédiat, des mesures en faveur de l’éducation populaire, du travail social et de la police de proximité seraient bien plus efficaces pour prévenir la radicalisation.

En plus de la crise économique et sanitaire dont les « derniers de cordée » sont les premières victimes, un climat de peur est entretenu depuis des mois par les chaînes d’info en continu qui recyclent les démagogues d’extrême droite en journalistes (Zemmour, Stephan, Bastié, de Raguenel…). Les habitants des quartiers – avec ou sans papiers-, à commencer par les femmes, sont présentés à la fois à la vindicte populaire et au racisme d’Etat. Cette surenchère islamophobe, Darmanin en tête, vise aussi à rassurer les adeptes de la théorie complotiste du « grand remplacement » du maintien des « valeurs actuelles » et du souverainisme national.

La rhétorique guerrière du gouvernement cautionne la mise en place de lois d’exception et permet de ressortir les mesures liberticides qui avaient été retoquées par le Conseil constitutionnel, comme la possibilité de criminaliser toute forme d’opposition politique avec la loi Avia contre « la haine en ligne », sous couvert de défendre les valeurs de la République et de la Nation. 

PEPS témoigne de sa solidarité envers les victimes de l’islamo fascisme, dont la communauté éducative dans son ensemble. Pour autant, nous dénonçons vigoureusement la politique de la peur d’un Pouvoir qui réduit les libertés au nom de la liberté, qui muselle la contestation au nom de la liberté d’expression, qui divise les peuples au nom de l’union sacrée, qui soutient les mesures totalitaires au nom de la démocratie, qui interdit aux invisibles le droit à l’existence et fait le nid de toutes les radicalisations.

PEPS refuse et dénonce l’atmosphère de guerre civile larvée qui vise à faire porter l’anathème sur les musulmans, et par extension sur les habitants des quartiers populaires, premières victimes du néo libéralisme, en les ciblant comme l’ennemi intérieur à abattre.

Au contraire, face à l’islamo fascisme et face à l’islamophobie, il est temps que les peuples s’unissent pour exiger le droit pour tous d’avoir une place dans une société libre et émancipée où chacun est maître de sa destinée :

  • Une société fondée sur la souveraineté écologique et non pas sur la souveraineté nationale qui divise et maintient dans l’oppression celles et ceux qui appartiendraient à la nation et celles et ceux qui en seraient exclus
  • Une société anti raciste et décoloniale, débarrassée de l’inégalité de droit et de fait entre les citoyens de première zone et les citoyens de seconde zone
  • Une société fondée sur des contre-pouvoirs permanents grâce à la mise en place d’assemblées populaires sur le modèle du municipalisme libertaire, où chacune et chacun prennent part aux décisions qui organisent l’avenir de la cité
  • Une société fondée sur les Communs et la gratuité, permettant à chacune et à chacun de subvenir à ses besoins dans le respect des limites de la planète
  • Une société respectueuse de la vie de l’autre, et de l’avis de l’autre, qui inclut au lieu d’exclure, répudie la guerre et ses ravages, favorise l’épanouissement personnel et collectif

Face aux totalitarismes en marche, non à l’union sacrée, oui à l’union des peuples.

Marjorie Keters  

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