L’édito du lundi de PEPS : Travaille, consomme (sur Amazon) et ferme ta gueule !

Le deuxième confinement tourne à la farce. En voulant un confinement « light » pour préserver l’économie, entendez le Capital, Macron a ouvert la boîte de Pandore d’une révolte de groupes sociaux qui ont en commun la défiance face à une politique sanitaire erratique. Après les masques, les blouses, les tests, les lits en réanimation, les injonctions contradictoires du type allez en vacances et le couvre-feu, cette politique apparaît pour ce qu’elle est : l’imposition d’un régime autoritaire biopolitique fondé sur un nouvel hygiénisme. Les trois attestations obligatoires sont le symbole de cette infantilisation où l’Etat centralisateur dominé par la technocratie parisienne décide de tout.

La stratégie adoptée par le gouvernement et un monarque Président qui décline jusqu’au ridicule le détail des décisions, voudrait que nous passions d’un régime disciplinaire imposé d’en haut à un régime librement accepté par les citoyen·ne·s au nom de la peur et de la responsabilité individuelle. Autrement dit, l’Etat illibéral ce serait nous. Mais si le consentement a bien marché en mars, il ne fonctionne plus en novembre. Le deuxième confinement avec ses contradictions béantes, fait naitre un doute sur ce gouvernement où chacun devient un soldat conscient de l’Etat autoritaire. L’infantilisation et la culpabilisation des populations ne peut fonctionner que si elles y croient. Or, si nos vies sont confinées, le capitalisme productiviste et financier se porte bien. Le CAC 40 continue de monter malgré les morts et la crise sociale et les intérêts comme les profits des grandes entreprises sont préservés. Ce confinement sans fin et à géométrie variable dessine les nouveaux traits du capitalisme biopolitique qui, s’il vise à discipliner les corps et les esprits, est en train de muter sous nos yeux :

  • un capitalisme numérique des GAFAM, plates-formes ubérisées et de la high-tech redéfinit les rapports sociaux et humains
  • un capitalisme autoritaire de plus en plus marqué par des idéologies identitaires et d’extrême droite : Modi en Inde, Xi Jin Ping en Chine , Poutine en Russie, Bolsonaro au Brésil, Erdogan en Turquie, Trump aux Etats Unis. La liste est longue de ces régimes qui utilisent soit la religion, soit le nationalisme exacerbé pour transformer leurs pays en casernes. Dans les démocraties dites libérales comme la nôtre, la politique sécuritaire utilise la Covid, le terrorisme, pour museler le mouvement social et détruire les libertés démocratiques
  • un capitalisme du greenwashing : le coronavirus, en incitant les entreprises à réduire leur consommation d’énergie ou d’eau peut les encourager à intensifier leurs pratiques de recyclage ou inciter les équipes à mettre au point des produits à plus faible empreinte écologique. L’utilisation des plateformes de travail virtuelles dans l’économie mondialisée se traduira par une diminution des déplacements professionnels, avec au final un impact positif sur les coûts et les émissions de carbone sans rien changer au réchauffement climatique
  • un capitalisme du pétrole et de l’extraction décomplexée des matières premières, soutenu par des Etats inféodés aux intérêts des multinationales de l’énergie et du numérique.

Dans cet entre-deux mondes où les monstres l’emportent sur l’humanité comme en témoigne le maintien du Trumpisme aux Etats Unis, comment relever la tête ?

D’abord en ne sombrant pas nous-mêmes dans le complotisme. De même que nous avons dénoncé la logique et le discours de guerre du gouvernement en mars, nous refusons le déni de la pandémie. La tentation est trop grande de prendre le contre-pied de la propagande d’Etat et de ses mensonges et de prendre pour argent comptant toutes les rumeurs colportées par Internet. Ce serait faire le jeu de l’instrumentalisation par les fascistes comme le font Vox en Espagne, ou l’extrême droite en Italie.

Pour autant, nous appuyons le mouvement social. La saine réaction des lycéen·ne·s qui refusent de continuer à venir en classe, nous devons l’appuyer. Elle montre la voie, celle du refus de payer de notre vie l’inconséquence du gouvernement. Toutes les luttes sociales doivent être encouragées. Notamment ici, celles des catégories précarisées que la crise sanitaire précipite dans la pauvreté et qui refusent d’avoir à choisir entre manger et payer leur loyer aux bailleurs, des soignants qui refusent des conditions de travail exténuantes et des salaires indignes du fait du définancement de la santé publique ou celle des enseignants qui refusent de faire cours dans des établissements où le protocole sanitaire n’est pas applicable et la densité, incompatible avec leur protection et celle de leurs élèves.

Amplifions les réseaux d’entraide par le bas, les cantines populaires, les collectes de solidarité ! Ces réseaux d’entraide sont précieux car ils ouvrent la voie à l’auto-organisation. Dans une situation où les classes populaires sont les plus frappées par la Covid, où les inégalités explosent au profit des plus riches, nous devons soutenir toutes celles et tous ceux qui refusent un confinement inégalitaire. Dans le cas des petits commerçants, nous demandons la fermeture des grandes surfaces qui favorisent la circulation du virus et l’ouverture des petits commerces qui au contraire offrent des garanties de prévention. De même le contrôle des plateformes du type Amazon doit être renforcé.

Montrons qu’il y a une voie alternative pour en finir avec le virus et faisons des propositions témoignant la possibilité d’un pouvoir populaire qui, de bas en haut, dessine les contours d’un Etat social-  écologique : planification à partir des territoires de la gestion des hôpitaux, réquisition des logements vides pour les sans-abris et les mal-logés, gratuité des masques, revenu inconditionnel d’existence, organisation systématique des circuits courts pour l’alimentation, interdiction des licenciements dans les grandes entreprises, garantie du paiement des heures supplémentaires du personnel soignant, titularisation massive des personnels vacataires à l’hôpital, l’éducation nationale et l’université.

Pour paraphraser Gramsci, s’il est vrai que la période est monstrueuse, c’est de ce clair-obscur que naîtra le nouveau monde. A nous de préparer la société sociale écologique que nous voulons !

Benedicte Monville-Secco, Patrick Farbiaz

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