L’Edito du lundi de PEPS : Trump est battu mais le trumpisme progresse

Les élections présidentielles aux Etats – Unis si elles peuvent nous réjouir puisque Trump, raciste, sexiste, homophobe est battu, ne doivent pourtant pas cacher la réalité. 71 millions d’étatsuniens ont voté pour Trump. Celui- ci améliore en nombre de voix son score de 2016. Le trumpisme continuera à être une force politique. Il faut donc tirer les enseignements de cette défaite en trompe l’œil :

1°) Un pays divisé entre métropoles métissées des côtes est et ouest et un Middle West où les « petits blancs » sont encore majoritaires et ont peur de se faire submerger par des populations blacks, latinos, asiatiques. Mais un pays aussi divisé par la question sociale. Les ouvriers blancs refusent la mondialisation capitaliste qui délocalise les usines, licencie à tour de bras, les jettent à la rue de leur logement. C’est d’abord pour cette raison qu’Hillary Clinton, symbole de cet ultra-libéralisme, a été battue il y a quatre ans. Elle avait choisi son camp social, elle qui condamnait les électeurs « déplorables » dans un langage qui rappelle « les gens qui ne sont rien » de Macron. De ce point de vue Donald Trump est apparu comme un bouclier protecteur pour les ouvriers de la sidérurgie ou du charbon qui regardaient les démocrates comme les agents actifs d’une destruction programmée de leur existence. Même si sa politique était celle des réductions massives pour les grands groupes capitalistes, il a mis en avant des thèmes qui parlaient aux oubliés de la mondialisation comme la lutte contre le libre échangisme et ses traités.

2°) Donald Trump nous apprend une chose utile. Il vaut mieux qu’un Président tienne les promesses du candidat. Et cette leçon devrait être méditée en France par la gauche de gouvernement. Trump s’est soucié de ceux qui l’avaient élu et a donc conservé et même renforcé sa base sociale et électorale en appliquant en grande partie ses promesses : guerre commerciale contre la Chine et les européens, isolationnisme en rapatriant les soldats d’Afghanistan et d’Irak, nomination à marche forcée des Juges à la Cour Suprême, rupture avec les organisations internationales OMS , Unesco et les accords internationaux (climat, Iran), ambassade des Etats-Unis délocalisé de Tel Aviv à Jérusalem… En tenant ses promesses, même a minima, Trump a démontré qu’à l’inverse d’un François Hollande qui avait trompé délibérément son électorat ( «Notre ennemi c’est la finance » ), le respect des engagements  pris est un facteur de crédibilité durable.

3°) Les gauches et l’écologie politique doivent apprendre à rassembler leurs électorats. Contrairement à la Fondation Terra Nova qui avait théorisé dès 2011 l’abandon des classes populaires au profit des classes moyennes aisées des centre-villes, il faut pouvoir rassembler à partir de principes, de valeurs et d’objectifs communs les groupes sociaux et ethniques divers qui composent une population apparemment divisée. Trump a su en un certain sens le faire. Mais, à gauche, Bernie Sanders en remettant au centre la question sociale, en la liant à la question du réchauffement climatique tout en reprenant les exigences contre le racisme systémique de Black Live Matters, a permis de dessiner les contours d’une coalition majoritaire. Joe Biden a en partie repris cette équation qu’il ne respectera sans doute pas dans l’exercice du pouvoir tant son tropisme le classe dans cette tradition libérale des démocrates. Mais en s’appuyant sur cette coalition, il a gagné le référendum anti-Trump et regagné les Etats perdus par Hillary Clinton. La question principale pour les gauches et l’écologie de rupture est donc bien celle de la liaison avec les classes populaires.

4°) Le mode de scrutin est déterminant. Le candidat vert proche de Murray Boochkin a fait un score dérisoire. La gauche et les écologistes ont choisi de voter Biden, un centriste, parce qu’avec un scrutin à un seul tour, il n’y a pas d’autre choix possible. Une des racines de la division actuelle de la gauche est le mode de scrutin présidentielle où l’illusion d’apparaître comme une alternative au premier tour empêche de construire une coalition majoritaire pour le second tour. Sans en finir avec la Vème république, sans Assemblée Constituante, sans proportionnelle, sans inversion du mode de scrutin des législatives

5°) La guerre des récits a dominé les présidentielles américaines.  Trump propose un grand récit où l’homme blanc, viril, hétéro est menacé par le Grand remplacement, les minorités et la mondialisation. La bataille culturelle est fondamentale à une époque où le système démocratique est à bout de souffle. La question médiatique est devenue une question politique majeure. Trump a 88 millions d’abonnés sur Twitter. Il est un média à lui tout seul. Il n’a cessé depuis 5 ans de populariser la version de son monde virtuel. Ses partisans vivent dans un monde parallèle où ses fake news sont devenus la nouvelle réalité.

Produire un récit alternatif et montrer qu’une société écologiste peut être désirable par des millions de dépossédés, que des politiques publiques peuvent prévenir et protéger, que l’autogestion et les communs ne sont pas que des mots, tels sont les chantiers que l’écologie de rupture a devant elle.

Patrick Farbiaz

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