La tribune libre de PEPS : les 21 et 25 novembre, toutes et tous mobilisés contre les violences sexistes et sexuelles

PEPS, avec d’autres organisations, appelle à la mobilisation annuelle contre les violences sexistes et sexuelles à l’initiative de #NousToutes le 21 novembre, et à la journée internationale contre les violences faites aux femmes le 25 novembre.

Créé en 2018, le collectif #NousToutes est à l’initiative d’une grande marche contre les violences faites aux femmes qui a réuni 80 000 personnes en 2018, et plus de 150 000 en 2019. L’ampleur de la mobilisation est le signe qu’une part de plus en plus importante des femmes se lève désormais contre les violences dont elles sont l’objet.

Les violences physiques sont l’urgence, en particulier pendant cette période de confinement où la femme et les enfants sont enfermés avec leur agresseur. En 2019, 152 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou de leur ex-conjoint.  Les femmes qui sont en capacité de donner l’alerte ne sont toujours pas suffisamment accueillies et prises en charge dans les commissariats et les tribunaux, qui laissent, de fait, les victimes à la merci de leur assassin. La condamnation de l’Etat pour la non prise en charge de la plainte d’Isabelle Thomas, assassinée avec ses parents par son ex conjoint à Grande Synthe au printemps, marque un début de prise de conscience de la part des institutions de leur responsabilité dans la non-assistance à personne en danger. C’est insuffisant. Les alertes et les plaintes des victimes de violences sexistes et sexuelles doivent être systématiquement prises dans les commissariats, et les victimes suivies et protégées par les institutions.

Les obstacles à la prise en compte de la parole de la victime par les institutions sont un signe parmi d’autres du système patriarcal qui fonde sa domination sur les violences faites aux femmes, qu’elles soient d’ordre physique, sexuel, psychologique, économique ou social. L’égalité de droit, inscrite dans la constitution française, n’est pas suivie des faits.

En France comme ailleurs, de nombreuses femmes sont encore considérées comme une possession à exploiter sans vergogne comme on exploite la terre et ses richesses. L’atteinte à l’intégrité du corps de la femme, par la violence physique ou sexuelle, est dans les têtes, consciemment ou inconsciemment. La culture du viol doit absolument être combattue, à la maison comme au travail.  Le rôle d’une société progressiste est de garantir que chaque individu, femme, homme ou enfant, puisse préserver son intégrité physique, et que la violation de cette intégrité soit sanctionnée par les institutions chargées de protéger la population.

De nombreuses femmes n’osent pas s’habiller comme elles le souhaitent, ou sortir seules le soir au risque de se faire agresser et d’être reconnues responsables de leur agression.  En France, la simple liberté de se mouvoir n’est pas garantie partout.  La femme n’est jamais responsable de la violence dont elle est l’objet. Le violeur n’a pas d’excuse.

La violence physique et sexuelle passe aussi par l’intimidation et la menace, même cachées sous couvert de plaisanteries graveleuses. Le harcèlement sexuel au travail est fréquent. Outre cette pression que les femmes peuvent trouver sur le lieu de travail, l’inégalité de salaire entre les hommes et les femmes à compétence égale reste abyssal. Depuis le 5 novembre, les femmes travaillent gratuitement.

L’accès aux postes à responsabilité est limité aux femmes, encore considérées moins compétentes que les hommes, et trop souvent renvoyées à leur statut d’objet de désir et de corps à exploiter. Les discriminations physiques, comme la grossophobie, répondent à cette même pression sur un corps féminin uniquement destiné à répondre au désir, aux moqueries ou au besoin de reproduction du patriarcat.

Le plafond de verre favorise l’autocensure. La prise de parole féminine en public reste difficile, les hommes étant habitués à prendre la place et à parler plus fort et plus longtemps que les femmes. Les insultes que subissent actuellement les féministes dans les media ou les colleuses dans la rue sont le signe que le patriarcat ne veut pas laisser la femme prendre sa place dans la société.

L’exploitation du corps de la femme passe aussi par le rapport à la maternité, qui devient de fait un obstacle à la carrière professionnelle et à l’épanouissement personnel. Après avoir été un objet de désir, la femme est reléguée au rôle d’objet de reproduction qui ne lui permet pas de s’épanouir en tant qu’individu. Par un glissement de sens bien utile aux dominants, la faculté physique de porter la vie est déclinée dans l’obligation pour la femme de porter la charge de l’éducation des enfants et du soin apporté à la maison. En aucun cas la maternité de la femme ne suppose la prise en charge seule et gratuitement de toutes les tâches liées à la famille, si ce n’est la possibilité pour la société patriarcale de libérer l’homme des tâches ingrates et pénibles, et de favoriser son épanouissement au détriment de la femme.

Dans une société progressiste, respectueuse de l’humanité, de la planète et du vivant, la maternité, si elle est désirée par la femme seule maîtresse de son corps et de sa vie, ne devrait pas signifier le sacrifice de sa réalisation sociale et personnelle. 

Partant du principe qu’un genre qui en opprime un autre n’est pas un genre libre, l’émancipation de l’homme passera nécessairement par l’émancipation de la femme. L’homme a tout intérêt à laisser l’autre moitié de l’humanité exprimer ses talents et ses richesses, et prendre sa place au pouvoir pour l’intérêt de tous.  

L’urgence aujourd’hui est de protéger l’intégrité de la femme et des enfants contre les violences sexistes et sexuelles. La perspective, c’est de favoriser l’émancipation de la femme qui déterminera l’émancipation de toute l’humanité contre les violences et les dominations.

Retrouvons-nous toutes et tous ensemble ce samedi 21 novembre dans la rue et sur les réseaux, en suivant le lien ci-dessous : https://www.noustoutes.org/21novembre/

Marjorie Keters

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