L’Edito du lundi : Police, pour notre sécurité, veuillez quitter le périmètre !

L’annonce est tombée cette nuit : la marche des libertés, prévue samedi 28 novembre place de la République à Paris, a été interdite par le préfet Lallement. Cette manifestation, organisée notamment par la Ligue des droits de l’homme et les syndicats de journalistes, appelle les citoyens à contester le projet de loi sur la sécurité globale présentée actuellement à l’Assemblée nationale.

L’article 24, voté en première lecture vendredi dernier par 146 voix contre 24, dans le cadre d’une procédure accélérée anti démocratique, est le plus controversé. Il vise à garantir la sécurité des forces de l’ordre au détriment des droits fondamentaux. Ce vote subordonne la loi de 1881 sur la liberté de la presse à cet article, jugé anticonstitutionnel par les nombreux opposants, qui punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende la diffusion, « dans le but manifeste qu’il soit porté à son atteinte à son intégrité physique ou psychique », de l’image d’un policier ou d’un gendarme.

Dans les faits, cette mesure interdit à la presse de faire son travail d’information. Elle empêche le citoyen d’exercer son droit de regard sur les agissements des policiers. Elle favorise l’autocensure par la crainte des interpellations, des amendes et la confiscation du matériel. Or, la captation d’image est un moyen de dénoncer les violences policières, lesquelles sont inhérentes au maintien de l’ordre à la française.

Historiquement, la police française est connue pour sa brutalité : des morts de Charonne en 1962 à l’assassinat de Cédric Chouviat, du meurtre d’Adama Traoré aux nombreux blessé.es du mouvement des Gilets jaunes, des noyés d’octobre 1961 à celle de Steve l’année dernière, de l’assassinat de Rémi Fraisse aux pressions sur les activistes des mouvements écologistes, la police tue, mutile et emprisonne.  La honteuse chasse à l’homme de lundi 23 novembre lors de l’évacuation des réfugié.es place de la république à Paris, les élus et journalistes molestés sur place, marquent un pas de plus dans la violence d’Etat et l’autoritarisme d’un pouvoir apeuré qui fait usage de la force pour museler les oppositions.

Cette stratégie de mise au pas de la population est totalement assumée aujourd’hui par le ministre Darmanin et le préfet Lallement. A l’image du gouvernement qu’il représente, le préfet Lallement use et abuse de la situation d’état d’urgence sanitaire pour interdire la marche pour les libertés de samedi 28 novembre. On peut s’attendre au désormais traditionnel nassage qui fait monter la pression pour permettre aux forces de l’ordre de gazer et frapper les manifestant.es.

Cet autoritarisme pratique déjà dans la rue les mesures débattues à l’Assemblée Nationale. Les drones sont déjà utilisés pour gérer les flux de manifestants. Les caméras de surveillance, qui représentent un marché exponentiel de la sécurité, surveillent déjà nos faits et gestes. Bientôt les systèmes de reconnaissance faciale. On assiste à la naissance d’un Etat policier décomplexé, et à la militarisation de la société toute entière par la légitimation de la sécurité privée pour soutenir la violence d’Etat et criminaliser les plus vulnérables et les plus récalcitrants : opposants politiques, syndicalistes, étudiants avec la criminalisation des blocages de facs, mais aussi associations, sans papiers, pauvres, femmes ou jeunes des quartiers.

Cette privatisation de la sécurité est aussi un marché juteux pour les sociétés de sécurité privée, et la vente des technologies de surveillance. Car il s’agit en effet d’un business mondial très lucratif qui tend à s’immiscer dans toutes les sphères de nos sociétés, mais aussi à nos frontières afin d’empêcher, notamment, la « déferlante » des migrants (Frontex). Jean-Michel Fauvergues, rapporteur du projet de loi et fondateur d’une société de management et de sécurité privée, pourra ainsi proposer les services de sa société à l’Etat qu’il représente.

Dans les institutions, les critiques et les protestations n’ont pas manqué de surgir face à cette atteinte « manifeste » à nos libertés, à commencer par la première, celle d’exercer un contrôle de l’exercice du pouvoir par la liberté d’informer. De la défenseure des droits au conseil des droits de l’homme, en passant par de nombreuses sociétés de journalistes et ONG qui se sont soulevées et ont manifesté bruyamment le 17 novembre et après.  A l’Assemblée, les députés de l’opposition s’organisent mais sont balayés par la majorité.

Face à l’autoritarisme en marche, le Conseil constitutionnel doit être saisi, surtout à la lumière des derniers événements, le projet de loi abrogé, le ministre Darmanin et le préfet Lallement démissionnés.

Et pourtant, dans ce climat de peur et d’incertitudes où la crise sanitaire se conjugue à une grave crise économique et sociale qui a jeté un million de personnes supplémentaires dans la pauvreté et qui favorise la criminalité, assurer la sécurité de chacun est une nécessité.

Plutôt que d’utiliser des hommes armés contre le peuple pour que chacun reste à sa place, les pauvres dans les quartiers populaires, les réfugiés dans les pays en guerre, les opposants politiques et les manifestant.es nassées ou en garde à vue, les ultra riches au pouvoir, construisons ensemble une société qui laisse sa place à chacun.e pour s’épanouir dans le respect et la liberté de tou.tes.

A la sécurité globale, exigeons la sécurité humaine, celle de la société écologique à laquelle nous aspirons :  la sécurité humaine pourrait passer par un service de tranquillité publique avec le retour de la police de proximité, la sécurité économique avec le revenu inconditionnel d’existence, la sécurité environnementale avec la protection du vivant et des citoyens face aux écocides, la garantie des droits fondamentaux des citoyens avec le renforcement des contre-pouvoirs, le remplacement de l IGPN par un organe indépendant, la mise en place d’assemblées citoyennes décisionnaires.

Au chacun à sa place, exigeons une place pour chacun ! Cela nécessite d’être présents partout où nous pouvons, dans la rue et dans les institutions, pour exiger l’abrogation de cette loi scélérate et la prise en compte de la volonté populaire face à ce pouvoir inique.

Toutes et tous dans la rue samedi pour nos libertés !

Marjorie Keters, Corinne Lehl

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