L’Edito du lundi de PEPS: Insécurité globale

Paris, le 30 novembre 2020

La proposition de loi sur la sécurité globale, tant décriée par l’opinion publique, a été adoptée par l’assemblée nationale le 24 novembre, y compris les articles 22 (utilisation de drones), 23 (sanctions renforcées en cas de « menaces » à l’intention d’un agent des forces de l’ordre), et 24 (interdiction de diffusion des images de policiers pourvu que ces images permettent de les identifier et que leur diffusion obéisse à des « intentions malveillantes »).

Toutes ces dispositions relèvent d’une criminalisation de la contestation. Elles visent à la rendre impossible. Car en effet, quel est leur but ? Ces dispositions sont regroupées sous un chapitre « protéger ceux qui nous protègent », autrement dit les Forces de l’Ordre. Mais de quoi celles-ci nous protègent-elles ? Les policiers ne protègent pas nos libertés (en particulier la libre expression des opinions et croyances, inscrite à l’article 10 de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) car il est faux que leur « manifestation » soit en elle-même un trouble à l’ordre public. Les manifestations de ces derniers jours ne troublaient pas plus l’ordre public que les manifestations qui les ont précédées. C’est désormais un fait établi, et connu de tous : ce sont les policiers eux-mêmes qui, par leurs comportements, troublent cet ordre public et contreviennent à la loi et à la constitution.

Plus généralement, il convient de dire que le sentiment d’insécurité ressenti par la population n’est pas la conséquence de faits de délinquance que l’on pourrait juguler par des interventions policières. La police est impuissante quand il s’agit d’apaiser et de calmer les esprits. Elle ne nous protège pas de la crise climatique, de l’effondrement de l’Etat (et des services publics qui en étaient l’expression la plus concrète), du développement du chômage de masse et de longue durée, de la perte de sens…. La police ne nous protège pas des troubles qui agitent une société sans boussole, atomisée par 40 années de néolibéralisme, dont certains jeunes se détournent en se réfugiant dans la pratique religieuse ou des identités communautaires qui leur procurent la protection et la reconnaissance sociale dont ils ont besoin.

Nous avons besoin de faire de ces identités (de quartier, de culture, de pays d’origine, de génération, etc…) des socles puissants à partir desquels penser et agir la « chose commune », la res-publica autrement dit a République. A cette fin, nous devons nous tourner vers l’écologie relationnelle, l’écologie de civilisation. Elle seule, parce qu’elle situe au cœur de l’entreprise républicaine la règle de « plus grande vie », peut nous aider à surmonter les clivages et les impasses dans lesquels nous ont plongés, depuis 200 ans, le « progressisme » industriel et capitaliste.

Contre l’insécurité globale, faisons le pari d’une écologie relationnelle qui restituera au monde sa stabilité : l’écologie, la sécurité et la viabilité plutôt que l’accroissement délétère des avoirs et des consommations. L’Ecologie, seule réponse à l’insécurité.

Xavier Ricard Lanata

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