Communiqué de PEPS : Appel contre le Black Friday et l’horreur consumériste

La mort d’un jeune noir brésilien assassiné par deux vigiles de la filiale brésilienne des Hypermarché Carrefour a soulevé des vagues d’indignation et de manifestation au Brésil. Cette mort illustre les pratiques de Carrefour, non seulement dans ce pays, mais dans le reste du monde.  Le groupe Carrefour est devenue l’une des grandes multinationales françaises est présent dans 30 pays à travers 12 225 magasins et 1696 Drives.

En mars dernier, la CGT du Commerce portait plainte firme pour « atteinte involontaire à la vie » et « mise en danger de la vie d’autrui » contre ce monstre de la grande distribution. Une de ses déléguées, Aïcha Issadouene, salariée de Carrefour Saint – Denis est morte de la Covid 19, faute de protection.  Dans d’autres magasins, Carrefour est passé outre au droit de retrait des salariés.

Au Brésil, 2eme marché du Groupe carrefour après la France, les supermarchés Carrefour se fournissent en viande de bœuf auprès d’un géant de l’agroalimentaire, Minerva, accusé de participer à la déforestation de l’Amazonie.

Le constat ne se réduit pas à cette firme. Toutes les marques de la grande distribution exploitent leurs salariés jusqu’à la moelle, transforment leurs clients en consommateurs de l’inutile, asservissent les paysans en les sous payant, utilisent les ouvrières de leurs sous-traitants comme des esclaves modernes.  C’est un système pervers que ces enseignes de la grande distribution comme Carrefour ont mis en place : mise en concurrence des fournisseurs locaux, pression permanente sur les prix, production à flux tendus ou changements de dernière minute dans les commandes.

C’est ce condensé d’horreur commerciale et productiviste qui va être célébré ce vendredi avec le Black Friday. Bruno Lemaire et Macron appellent à ce que les gens s’y précipitent encore plus nombreux cette année. Poussé par le marketing des agences de publicité, le Black Friday est apparu dans les années 1960 à Philadelphie pour qualifier cette journée, liée aux remises importantes proposées par les commerçants à quelques semaines de Noël. Le « Vendredi noir » s’est étendu en Europe et est devenu le symbole de la mainmise des firmes capitalistes de distribution sur le commerce. Les seuls à avoir tenté de l’enrayer sont les Gilets jaunes en novembre 2018 quand ils avaient organisé le blocage des centres commerciaux dans toutes la France à partir des ronds-points. 

Cette surconsommation engendrée par le Black Friday est par essence même anti-écologiste. L’ultra consumérisme est l’une des plaies du capitalisme productiviste et de la course à une croissance folle. Alors qu’il faudrait encourager le consommateur à réparer, recycler et revendre les objets superflusafin de savoir ce dont on a vraiment besoin au quotidien, on les incite à venir dépenser 6 milliards en une seule journée pour le seul profit des  grandes surfaces qui peuvent imposer aux petits commerçants une course à la baisse des prix.

Les grandes opérations commerciales d’envergure internationale comme le Black Friday ont un impact carbone démesuré. Commander chez Amazon entraîne la multiplication des camions qui circulent sur nos routes, sans compter les dizaines de milliers de kilomètres autour de  la planète que font les produits avant d’arriver chez leur destinataire.  En 2015, les émissions de gaz à effet de serre provenant de la seule production textile ont totalisé 1,2 milliard de tonnes d’équivalent CO2, soit 21 tonnes de plus que celles de l’ensemble des vols internationaux et du transport maritime combinés. La mode, deuxième industrie la plus polluante au monde, est responsable de 20 % des rejets d’eaux usées et de 10 % des émissions de CO2 dans le monde. L’empreinte environnementale de ce secteur ne se limite pas à l’utilisation massive de ressources naturelles (eau, coton, pétrole pour les fibres synthétiques…). Elle concerne aussi l’utilisation de pesticides contaminant les sols, l’accumulation de microfibres de plastique dans les océans… sans compter la surexploitation des ouvrier-e-s  au Bangladesh ou en Chine. 

Agir contre le Black Friday


PEPS appelle à boycotter le Black Friday. La semaine dernière, les Amis de la Terre et ANV COP 21 ont bloqué des entrepôts d’Amazon près de Paris, à Lyon et à Lille. On peut de même bloquer les hypermarchés Carrefour en solidarité avec les caissières et avec le peuple brésilien.

En 2019 les mouvements Grève du climat et Grève féministe ont organisé à Lausanne « un festival décroissant », intitulé « Black Free Day ». Des tentes ont été dressées pour offrir gratuitement des vêtements et des livres. Concerts et stands de cuisine avec des invendus alimentaires ont agrémenté ce festival pour « partager un moment de discussion » et « investir dans le lien, le social et la culture plutôt que dans le plastique et les biens de consommation ». Des militantes ont mené une opération « topless » devant des grands magasins du centre-ville. « Plutôt à poil que capitaliste » et « Mode = esclavagisme moderne » figuraient notamment parmi les slogans écrits sur le ventre des activistes. A Genève, des collectifs et des associations ont uni leurs forces au sein de l’appel « La Convergence des Luttes contre le Black Friday ». Ils ont organisé de nombreuses opérations, dont des trocs de vêtements, pour dénoncer cette journée qui symbolise les pires aspects du système. Dans d’autres villes, le mouvement de la Grève du climat a organisé devant les centres commerciaux des gratuiteries, sortes de foires gratuites. La population était invitée à contribuer à ce contre-Black Friday en y apportant des vêtements ou des objets qu’elle acceptait de donner. Toute personne pouvait alors se servir même sans rien avoir amené, un peu comme dans les magasins sans riens lancés par nos camarades de Mulhouse.  Dans cette période de Covid où des associations d’entraide font des collectes alimentaires ou de vêtements, ce type d’action peut être multipliée.

En finir avec le Black Friday c’est un combat politique, idéologique et éthique. Le Black Friday, c’est l’aboutissement de la société productiviste. La croissance pour la croissance, la consommation pour la consommation qui devient l’objectif principal et souvent unique de l’économie et de la vie. La preuve en est l’ode au Black Friday des médias comme sortie du confinement. Susciter de nouveaux besoins avec l’obsolescence programmée des produits, faire croitre ainsi la pollution, le gaspillage, les déchets et la destruction des écosystèmes, telle est la loi d’airain du système productiviste.

L’écologie de rupture appelle à rompre avec ce modèle à bout de souffle qui nous mène droit dans le mur et colonise notre imaginaire.

PEPS, le 03 décembre 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :