L’Edito du lundi de PEPS : Troupes françaises hors d’Afrique !

Paris, le 4 janvier 2021,

En moins de deux semaines, 5 soldats français sont morts au Sahel sous prétexte de guerre contre le terrorisme. La France depuis le 11 janvier 2013 s’embourbe avec l’opération « Serval » remplacée depuis le 1er août 2014 par la force « Barkhane » composée de 4 500 soldats. L’opération devait être limitée. Elle devait empêcher les groupes djihadistes de descendre jusqu’à Bamako. 8 ans plus tard, les groupes terroristes sont toujours aussi actifs et leur activité s’est étendue dans l’ensemble du Mali et au Burkina Faso, au Niger et au Bénin. Les attentats et les massacres de populations se multiplient. Si la capitale tchadienne N’Djaména accueille le quartier général de la force Barkhane, celle-ci dispose de bases provisoires disséminées sur les autres pays de son dispositif, dont notamment la base de Niamey abritant des avions de chasse et des drones. Outre l’opération « Barkhane », le dispositif militaire français en Afrique est constitué de deux bases opérationnelles avancées, soit les Forces françaises stationnées à Djibouti (1 450 hommes) et en Côte d’Ivoire (900 hommes), et de deux anciennes bases à vocation régionale, soit les éléments français au Sénégal (350 hommes) et au Gabon (350 hommes).

Cela fait 60 ans que la France en vertu d’accords militaires dits de coopération maintient une force permanente destinée à soutenir les dictateurs en place et à préserver les intérêts économiques français comme ceux de Bolloré ou de Total, et aussi pour préserver l’extraction de l’uranium au Niger nécessaire au nucléaire civil et militaire.

Grâce à la présence militaire, la France maintient les réseaux de la Françafrique composés d’agents des services secrets, de barbouzes, de mercenaires, de formateurs militaires, liés directement aux 3 « E » l‘Elysée, l’Etat-Major et les grandes Entreprises. L’affaire Ibni au Tchad est un exemple parmi d’autres de la façon dont la France gère ses affaires en Françafrique.  Cette nouvelle forme de pacte colonial a commencé sous De Gaulle et s’est perpétué depuis 60 ans sans discontinuer. L’impérialisme français continue à jouer les gendarmes dans une région qu’il considère comme son pré carré.  Le Premier Ministre jean Castex vient de faire la bamboche en réveillonnant avec les soldats français du Tchad. Mais qui a parlé de ce régime soutenu à bout de bras depuis 30 ans par la France, qui réprime, torture et emprisonne les opposants et syndicalistes ? Le président Idriss Déby, installé en 1990 par une opération de l’armée française est un des piliers du maintien de la Françafrique. 

Macron, comme ses prédécesseurs, perpétue le système de la Françafrique. Dans cette guerre, le sort des populations du Sahel importe peu. Leurs conditions de vie ne cessent d’empirer, elles sont abandonnées par les États corrompus du Mali, du Niger ou du Burkina-Faso, tous alliés de la France. Elles subissent les violences des djihadistes et celles des armées locales aux côtés desquelles l’armée française intervient. Loin d’affaiblir les djihadistes, cette situation leur permet de prospérer. Preuve est faite, une fois de plus, que l’armée française qui s’enlise au Sahel n’est pas un rempart contre le terrorisme. Elle contribue au contraire à l’aggravation de la situation. La décomposition des Etats néocoloniaux, la misère qui se propage et l’occupation étrangère qui humilie sont en effet, plus que jamais, le terreau sur lequel se recrutent les groupes djihadistes.

En réalité, comme pour la guerre en Afghanistan, en Irak et en Libye, l’intervention militaire française au Mali d’aujourd’hui, n’est en réalité pas motivée par des aspirations de liberté pour les peuples africains. Elle repose sur trois raisons :

– La réaffirmation de l’emprise politique et économique française sur le continent africain. C’est, pour les Africains, sommés de rembourser une dette illégitime, un appauvrissement toujours croissant ; La défense des intérêts financiers intervenant dans l’industrie extractive, l’exploitation de l’or, de l’uranium et des hydrocarbures est au cœur de cette emprise. La rupture avec la Françafrique commence par supprimer les subventions et aides aux produits d’exportation, aux entreprises, à l’industrie extractiviste, qui détruisent les économies locales et participent au réchauffement climatique ; Une des bases militaires françaises au Niger est proche de la mine d’Arlit, ou Orano, ex Areva, exploite l’uranium du Niger et fournit 1/3 des besoins de ses centrales nucléaires. Même si ce site ferme, il laisse un environnement dévasté, terres et eau polluées et une population contaminée. On pourrait aussi citer les transports, propriété de Bolloré au Burkina Faso, les déchets, l’eau avec Veolia ou Suez, etc.

– l’externalisation par l’UE de ses politiques migratoires. Depuis 2016, l’Union Européenne finance une vingtaine de pays africains pour limiter les arrivées de migrants, principalement au Niger, mais aussi au Tchad. C’est ainsi que « la bonne gouvernance » en matière migratoire est devenue une des « conditionnalités » à l’octroi de l’aide au développement ; Les dictatures locales sont subventionnées pour contrôler leurs flux migratoires tandis qu’en France on, dépense de l’argent pour financer les expulsions, la chasse aux sans-papiers et les centres de rétention.

– le soutien à l’industrie agro-alimentaire française qui continue à bénéficier de l’aide de la PAC pour détruire les cultures paysannes locales. 70% de la population vit difficilement de l’agriculture. La suppression des mécanismes de régulation des marchés agricoles – à l’image des quotas laitiers –   a accentué la capacité de l’UE à exporter des produits agricoles à bas prix sur les marchés des pays du Sud. Ce véritable dumping vient déstabiliser les économies rurales. Ainsi en Afrique de l’Ouest, ces poudres importées reviennent jusqu’à 40 % moins cher que le lait local. Pourtant il est possible de développer l’agro-écologie africaine en échappant à la fatalité des sécheresses et des pluies torrentielles, aggravées par le réchauffement climatique.

Engager une véritable politique de coopération signifie sortir du colonialisme et du néocolonialisme en :

  • Reconnaissant la dette écologique contractée depuis l’ère industrielle et lors de la colonisation.
  •  Annulant les dettes souscrites trop souvent au profit de nos entreprises exportatrices, qui n’ont jamais profité aux populations et dégradent au contraire leurs conditions de vie.
  • Exigeant le retrait immédiat des troupes françaises et leurs alliés et le démantèlement des bases militaires françaises en Afrique.
  • Arrêtant la livraison et les ventes d’armes aux dictatures locales qui s’en servent pour réprimer leur peuple

Le premier candidat écologiste à la Présidence de la République René Dumont a été l’un des premiers a montrer l’importance décisive des rapports Nord Sud dans l’écologie de rupture. Dés 1962, il s’écriait “l’Afrique noire est mal partie ». PEPS, mouvement politique de l’écologie décoloniale, s’inscrit dans cette lignée. Nous nous associerons à toutes les initiatives qui soutiendront la rupture avec la Françafrique, le retrait des troupes françaises et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes contre toute ingérence. Il est fini le temps des colonies !

Pour l’Indépendance réelle de l’Afrique dans une Confédération panafricaniste des Peuples !

PEPS

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