L’édito du lundi de PEPS : les vaccins, un bien public commun mondial

La mise en place de la vaccination contre le Covid-19 nous permet de voir le bout du tunnel dans lequel le monde entier vit depuis presque un an. En France, à l’égal des masques, des tests, de la protection des soignants, du scandale sans fin des EHPAD, une perte de temps d’un mois a été dommageable à la lutte contre la pandémie. La conjonction entre les mensonges macronistes, la défiance compréhensible d’une partie de la population envers l’Etat et les vaccins et la bureaucratie administrative, a contribué à ce nouveau décalage entre la nécessaire réponse sanitaire et l’impuissance de l’Etat. De nombreuses incertitudes sur la manière de distribuer les vaccins et leur efficacité dans la transmission sont encore à l’ordre du jour. La question des effets secondaires potentiels dus notamment à l’injection d’Arn dans l’organisme pour un vaccin fabriqué dans un course folle pourrait par exemple être soulevée. Mais si la vaccination de masse peut sauver des vies, nous ne pouvons que la soutenir. Néanmoins les vaccins posent trois séries de problèmes qui montrent l’impasse dans lequel le système capitaliste nous conduit.

Le premier est celui de la transparence des contrats. La manière dont se sont déroulés les marchandages autour de la signature des contrats, le secret qui est maintenu sur le contenu et notamment les prix de ces contrats par la Commission Européenne est digne d’une république bananière. Or les Etats européens, s’ils n’ont pas financé de recherches sérieuses pour un traitement médicamenteux rapidement applicable, ont financé la recherche depuis des années ; Ils ont donc participé à la création de ces vaccins. BioNTech, le partenaire allemand de Pfizer, a bénéficié d’une subvention publique de 375 millions d’euros. Le pouvoir de décision a été abandonné par les États, qui ont tout délégué aux grandes entreprises de Big Pharma : investissements publics dans la recherche, organisation des essais cliniques, subventions directes pour le développement des vaccins, pour les infrastructures de production et de logistique, mécanisme des achats à l’avance des vaccins à des prix très élevés…

Les pouvoirs publics ne fixent aucune condition aux labos pharmaceutiques. Leurs communications sur les essais cliniques n’apportent pas les éléments sur leur efficacité dans la chaîne de transmission du virus, dimension essentielle pour déterminer l’efficacité d’un vaccin. Or si le vaccin constitue une protection contre la maladie, il n’est pas prouvé qu’il empêche de transmettre le virus à des tiers. Dans ce cas, la pandémie pourrait continuer. Pour préserver la santé des personnes, il est indispensable d’en savoir davantage sur l’efficacité et la sécurité dans la durée. Le secret dans lequel la Commission européenne maintien des contrats de plusieurs milliards de dollars conclus avec ces multinationales pharmaceutiques ne favorise pas la confiance d’autant que l’on sait maintenant que des dirigeants de ces sociétés ont spéculé en Bourse pour empocher des bénéfices issus du marketing et de la pub faites de leurs vaccins avant même que ceux-ci soient validés par les autorités médicales. Les citoyen-n-es européen-n-es ont le droit de savoir ce qui s’est tramé dans les négociations, quelles concessions ont été faites par les dirigeants des 27 Etats. Il faut arrêter de protéger Big Pharma et publier les contrats maintenant !

Le deuxième est la fragilisation de la sécurité sociale : la Commission européenne permet aux multinationales pharmaceutiques d’opérer un hold-up sur la sécurité sociale et sur les budgets nationaux aux dépens des contribuables. En contraignant les Etats à porter une partie de la responsabilité financière des éventuels futurs effets secondaires indésirables, la Commission européenne procède à un transfert du risque financier du privé vers le public, c’est-à-dire qu’une grande partie du risque lié à l’investissement est transféré du privé au public. L’entreprise peut décider unilatéralement du prix de son vaccin. AstraZeneca s’est engagée à le vendre à un prix proche du prix coûtant mais seulement jusqu’à l’été prochain. Si c’est le public qui prend les risques, le droit de propriété devrait être privé. Depuis des lustres les labos produisent des choses inutiles comme des pommades pour soins esthétiques ou des antidépresseurs, tout à coup, ils mobilisent des sommes considérables dans un vaccin non pas contre des maladies qui touchent le sud mais une clientèle qui concerne principalement les personnes âgées blanches dans les pays occidentaux. Pourquoi si ce n’est pour faire du profit ? La présidente de la commission européenne avait promis de faire du vaccin un bien commun. Cette promesse a été reniée. Une fois de plus la Commission européenne a cédé face aux intérêts des monopoles privés.

La troisième c’est l’inégalité d’accès international généré par ces vaccins. La crise sanitaire nous a rappelé que la santé est collective et ne peut s’envisager nationalement. La pandémie de Covid-19 va entraîner une nouvelle fois l’aggravation des inégalités entre les pays pauvres et les pays riches. En effet, les brevets et les monopoles ne permettent pas de produire et de vendre les produits médicaux partout. Seules certaines entreprises y ont accès, ce qui freine fortement la capacité de réaction mondiale. Ces vaccins risquent de ne pas être administrés aux populations non solvables déjà affectées par des maladies comme la dengue ou la malaria. Le risque existe que la facture soit totalement inabordable pour certains pays. Les luttes autour d’un traitement contre le virus du SIDA nous a montré le danger de laisser les droits de propriété intellectuelle et la recherche de profit prévaloir sur la santé. Des millions de personnes sont mortes parce que les multinationales pharmaceutiques ont refusé de transférer des traitements à prix abordable pour tous. Seule l’Afrique du Sud de Nelson Mandela, en décidant de passer outre les brevets, a changé la donne.  En 2020, l’Afrique du Sud suivie par l’Inde ont demandé à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de supprimer l’application des brevets et donc de la propriété intellectuelle sur les vaccins et autres dispositifs sanitaires liés au Covid-19, tant que l’immunité mondiale n’est pas atteinte. Cette proposition soutenue par une coalition de cent pays et même par l’OMC a été rejetée par plusieurs pays riches, dont l’Union européenne. Depuis des décennies les firmes pharmaceutiques pillent les savoirs et les plantes des peuples indigènes. Maintenant elles veulent les faire payer de leur vie l’impossibilité d’accéder à une vaccination face à un virus généré par la politique criminelle de déforestation menées par les Etats et les grandes firmes transnationales. Il faut suspendre l’application des brevets et autres propriétés intellectuelles liées aux vaccins Covid-19 !

Ces dernières décennies, la recherche biomédicale a été transférée au marché. Les grandes entreprises pharmaceutiques sont devenues les maitres de la santé publique. Il est temps que nous reprenions le pouvoir sur notre santé. Comme les paysans exigent la souveraineté alimentaire mondiale, le peuple monde affecté par le virus demande la souveraineté écologiste mondiale sur la santé environnementale car la santé n’a pas de frontières. La santé est un bien public mondial. Nous ne pouvons pas laisser ce vaccin entre les mains des multinationales pharmaceutiques. Si les Etats qui financent et les populations qui se font vacciner doivent prendre les risques, alors le droit de propriété doit être public. Pas de propriété privée sur les vaccins : nos vies comptent plus que leurs profits !

PEPS, le 11 janvier 2021

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