Charte des valeurs PEPS


Face au monde invivable que nous impose le capitalisme et l’ordo-libéralisme, face à l’environnement meurtri par les pollutions et le dérèglement climatique, face à des sociétés humaines disloquées qui perdent leurs repères, nous remettons en cause le système dominant et nous dénonçons les tentatives de le repeindre en vert.
Nous souhaitons porter comme alternative, une écologie populaire et sociale qui :


1. Tienne compte, à l’ère du capitalocène, de la finitude de la planète, replace l’être humain dans la nature et non au-dessus, et change son rapport aux autres espèces et à la Terre ; Garantisse la préservation des écosystèmes où s’épanouissent les sociétés humaines, lutte contre le réchauffement climatique, la sixième extinction de masse des espèces. Les crises sociales et écologiques qui se multiplient à l’échelle planétaire laissent entrevoir un effondrement de notre civilisation.
Ce sont les classes dominantes qui en portent la responsabilité, dans le risque nucléaire, les pollutions d’origine industrielle, la destruction de la biodiversité, les conséquences des émissions de gaz à effet de serre, ou encore l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables, l’accumulation irréversible des pollutions et des déchets au-delà de tout seuil critique de régénération et de toute capacité de charge de la planète. Il s’agit d ‘intégrer l’impératif écologique dans toute décision et action politique et de réduire de manière drastique l’empreinte écologique des activités humaines. La défense du vivant comprend celle de tous les êtres vivants et des milieux naturels. La reconsidération de la place de l’être humain sur terre est porteuse d’une nouvelle civilisation aussi révolutionnaire qu’a été le mouvement des « Lumières » au moment du capitalisme naissant.


2. Combatte le mode de production capitaliste fondé sur la violence sans précédent sur nos sociétés et l’ensemble du vivant. La société capitaliste, fondée sur la propriété privée et le profit, les valeurs de compétitivité et d’individualisme, le productivisme, l’exploitation sans limites des ressources et des énergies fossiles, l’obsolescence programmée, a créé les conditions de ces destructions. C’est pourquoi tout replâtrage du système est voué à l’échec. Il s’agit :

  1. d’en finir avec le modèle productiviste et extractiviste, qui s’est développé sur la base des énergies fossiles et du nucléaire, faisant courir de grands risques à l’humanité et à tout le vivant.
  2. de lutter contre l’idéologie qui fait de la croissance et de l’accumulation de biens matériels une fin en soi et contre la croyance selon laquelle le progrès technique serait capable de résoudre les problèmes engendrés par le système.

3 – Prône une décroissance choisie et un bien vivre planétaire. Notre écologie promeut une société de sobriété et de simplicité volontaire, dans la satisfaction des besoins essentiels et la mise en commun des moyens pour y parvenir par une reprise en main de nos usages. Elle s’oppose à l’aliénation de la « nécessité de travailler sa vie durant pour combler ce manque » et refuse « la prolifération de besoins factices, avec l’abondance destructrice, la croissance économique et le travail obsessionnel » (Murray Bookchin). « Moins de biens, plus de liens », c’est aussi vivre mieux et se solidariser avec les autres peuples de la planète. Notre alternative à la croissance nous la voulons conviviale, immédiate et socialement équitable.

4 – Repose sur l’autogestion et l’autonomie sociale, c’est-à-dire vise l’abolition du salariat et une économie de producteurs associés, fasse disparaître la division du travail entre décideurs/décideuses et exécutant.e.s , favorise la gratuité et les formes d’échanges non marchands, permette aux classes populaires de renforcer leur pouvoir d’agir. L’autogestion ne se limite pas à l’économie, elle s’étend à la vie quotidienne, elle est reliée à la prise de pouvoir et au projet de société, à l’auto-organisation des mouvements sociaux, à la démocratie directe exercée par le peuple contrôlant toute délégation de pouvoir. Elle permet à la population de se réapproprier collectivement les communs, partager les ressources, les savoirs et les responsabilités politiques. Les communs privilégient la valeur d’usage des ressources (l’intérêt pour les individus et les collectivités) plutôt que leur valeur d’échange ‘(leur monétisation). Cette approche permet de penser le développement territorial, l’organisation urbaine, la relation entre producteurs et consommateurs…, contribuant ainsi à renouveler la façon dont une société écologiste est aujourd’hui envisagée. Dominées socialement, les classes populaires le sont aussi politiquement et sont tenues à l’écart des décisions. Notre écologie veut rendre le pouvoir aux habitant.e.s et soutient toutes leurs initiatives pour se réapproprier les services publics, que l’Etat capitaliste dévoie par la mise en concurrence et la privatisation, en en faisant des communs cogérés par les habitant.e.s. Cette prise de pouvoir va de pair avec la lutte pour la conquête de l’autonomie sociale et le développement de l’éducation populaire.

5- L’écologie populaire et sociale est intersectionnelle. Elle vise à nous affranchir de toutes les formes de domination, de discrimination et d’exploitation. Elle est antipatriarcale, antisexiste, antiraciste. Ces formes d’exploitation et d’oppression, qui souvent se cumulent, ne sont pas toutes nées avec le capitalisme, mais ce dernier en a fait un système qui consolide sa domination : c’est pourquoi il n’y a pas de lutte secondaire. Pour unir ces luttes, l’écologie populaire et sociale se place du point de vue du/de la plus opprimé.e.

6 – L’écologie populaire et sociale est écoféministe. Les femmes ont été opprimées et exploitées au même titre que la terre par le système capitaliste patriarcal. Celui-ci a transformé en marchandise aussi bien la nature que le corps de la femme. La domination de la Nature par l’homme est intrinsèquement liée à la domination des femmes par l’homme. Un rapport différent ne peut être installé entre les hommes et la nature sans changer les rapports humains entre femmes et hommes.

7 – L’écologie populaire et sociale est décoloniale et antiraciste. Elle se réclame de la justice environnementale et dénonce le racisme environnemental et social qui touche les quartiers populaires. De l’esclavage à la colonisation, du néocolonialisme à la guerre des civilisations, le racisme globalisé s’exerce contre les peuples qui refusent le nouvel ordre mondial.

8 – L’écologie populaire et sociale, parce qu’elle se réclame d’une écologie de transformation, combat l’idée qu’il y aurait une seule écologie. Notre écologie combat l’éco-fascisme, l’écologie capitaliste et remet en cause l’écologie social-libérale. Les enjeux écologiques devenus incontournables conduisent aujourd’hui chaque classe sociale, chaque courant politique, à se prétendre « écologiste », à sa manière. Le capitalisme lui-même se repeint en vert sous les habits du développement durable et de l’économie verte. L’extrême-droite reprend les vieux thèmes pétainistes du respect des « lois naturelles » contre le « contratsocial ». Ces deux courants sont nos ennemis. Quant à l’écologie d’accompagnement, ou l’ « écologie » social-démocrate, elle poursuit l’illusion que l’on pourrait rendre le capitalisme vertueux sans rompre avec le modèle institutionnel dominant.

9 – Se fonde sur le communalisme et le confédéralisme démocratique. L’échelle communale est la dimension du territoire où il est possible à la fois d’obtenir la participation de tou.te.s en démocratie directe, à la prise de décision, de développer un contre pouvoir permanent. Les assemblées populaires locales organisent l’entraide, développent les solidarités locales et les alternatives qui permettent d’obtenir la souveraineté énergétique et alimentaire répondant à la satisfaction des besoins essentiels en les produisant localement. Le communalisme, à travers la mise en place d’institutions démocratiques, est un levier de transformation de l’économie et des rapports sociaux et permet d’organiser la transition vers une société d’acroissance en développant des coopérations de proximité avec d’autres communes.

10 – Est transnationaliste. Il n’y a pas d’écologie nationale. L’écologie populaire est sans frontières et altermondialiste. La mondialisation capitaliste a fait de la planète un champ de bataille, sur le plan économique, à travers des guerres sans fin et la mise en coupe réglée des forêts primaires, des océans, aux conséquences dramatiques pour les peuples, l’écosystème et le changement climatique : la solidarité transnationale n’est pas une option, c’est une nécessité. Elle repose sur des forces sociales organisées tel le mouvement paysan (Via Campesina), le mouvement contre la déforestation et les grands barrages, le mouvement pour la Justice climatique, le mouvement des peuples indigènes pour leur survie,

11 – Nos actions privilégient la non-violence et la désobéissance civile. La non-violence est un principe d’action et de pensée, ce n’est pas la passivité face à la violence sociale sur laquelle est fondée notre société, ce n’est pas se condamner aux cortèges traditionnels inscrits dans le rituel de la République bourgeoise. Notre écologie soutient la désobéissance civile, refus de se soumettre à une loi ou à des décisions iniques, prises « en notre nom », en opposant le légitime (porter secours aux migrant.e.s, arracher des OGM, dénoncer la passivité du gouvernement face
au changement climatique…) au légal qui irait à l’encontre de toute notion de justice, d’équité et de respect de la condition humaine. C’est un moyen important de la lutte idéologique.

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